5. Un art insolite
L'art de Blake est à la fois une révolte contre l'art du passé et celui de son époque ; il condamne surtout l'art mondain de Reynolds, mais il renie aussi la peinture à l'huile des grands maîtres vénitiens et flamands, qualifiant les œuvres de Rubens et de Rembrandt de « barbouillage ». Dans ses aquarelles et dans ses détrempes, Blake veut un contour net qui est selon lui la garantie d'un art authentique. Sans doute doit-il en partie à Michel-Ange qu'il admire cette puissance et cette pureté dans le dessin.
Blake passait un composé de colle à bois et de blanc d'œuf sur un emplâtre préparé sur de la toile, du bois ou du métal. Il appelait ces détrempes des fresques, à cause de leur ressemblance avec les peintures murales des primitifs italiens.
Autre méthode : combiner les techniques de la peinture et de l'imprimerie ; Blake peignait un dessin par détrempe sur un carton, puis l'imprimait par pression sur papier ; cette impression était reprise au pinceau et à la plume.
C'est son jeune frère, mort en 1787, qui, déclare-t-il, lui aurait révélé en rêve le procédé de la gravure à l'eau-forte qu'il devait utiliser pour illustrer ses poèmes. Les mots et les motifs étaient dessinés sur la plaque de cuivre qui était ensuite gravée à l'acide. Le texte et le dessin restaient en relief, puis étaient peints à la main, à l'aquarelle par exemple. C'est le cas de ses poèmes lyriques et de la remarquable série de gravures du Livre de Thel et du Mariage du Ciel et de l'Enfer, vers 1795.
Un grand nombre de ses estampes colorées expriment son dégoût du monde matériel. Il en peint les symboles, désireux de libérer ainsi son imagination des horreurs qu'ils représentent. Dans Nabuchodonosor, le roi de Babylone apparaît sous une forme bestiale. Son Isaac Newton est un symbole de l'univers mécanique.
Le monde intérieur et désintéressé de ses Chants d'Innocence, comme celui des gravures qui illustrent les Pastorales de Virgile – ravissantes gravures sur bois qu'il réalisa dans sa vieillesse avec l'aide de Linnell – […]
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