2. Originalité et portée des « Commentaires »
Ses Commentaires ne seront publiés que quinze ans plus tard, à Bordeaux, en 1592, par les soins de l'humaniste Florimond de Roemond, mais seront souvent réimprimés par la suite.
Il arrive à Monluc, en revoyant son premier jet, d'emprunter quelques détails aux mémorialistes contemporains ; mais il s'est fait une règle de ne rapporter que ce qu'il a vu : il y a là une étroitesse certaine de point de vue, mais les résultats sont parfois remarquables, et des passages comme la délibération du Conseil du roi avant Cérisoles ou l'assaut de Rabastens sont de saisissants reportages. Les détails les plus menus, les gestes, les mouvements et jusqu'à l'accent des paroles, tout y est. Si la chronologie souffre parfois de graves confusions, la topographie est d'une scrupuleuse exactitude. Dominant l'ensemble, l'inlassable commentaire que Monluc a rajouté à sa narration prend des tons très variés : ici, le vieux soldat se défend contre ses détracteurs ; plus souvent, il donne des leçons : aux capitaines, ses compagnons, mais aussi aux lieutenants du roi, voire au roi lui-même ; parfois, il se fait satirique – en particulier contre les dames de la cour ; et il prend encore plaisir à affiner çà et là des maximes morales assez amères (« Toujours le plus petit a le tort », a-t-il écrit un soir de mauvaise humeur). Son style est rocailleux et, en certains endroits, franchement incorrect ; mais il est savoureux par sa familiarité et frappant par sa véhémence, par la rapidité de l'exposé, l'ironie des réflexions, la fréquence des apostrophes. Tout compte fait, cette éloquence naturelle n'est pas peu convaincante.
Monluc nous fait sentir la dureté du siècle et ses misères. Vaincu et infirme, il cherche à se consoler en exagérant la cruauté dont il a fait preuve contre les réformés, et il s'en fait gloire. Seulement, à côté des ennemis, il y a le pauvre peuple « qu'il faut manger », c'est-à-dire écraser sous les pillages, les impositions forcées, les mises à sac, le […]
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