Pour l'admirateur d'Ibsen, de Knut Hamsun ou de Sigrid Undset, il peut paraître étonnant que les Norvégiens, aujourd'hui encore, tiennent Bjørnson pour le plus grand de leurs écrivains. C'est qu'il a incarné, mieux que tout autre, le grand « réveil » des lettres de son pays, tout en jouant un rôle éminent et en appelant ses compatriotes à prendre conscience de leur personnalité nationale. Cet idéaliste demeure l'incarnation d'une Norvège enfin affranchie de toute tutelle.
1. Un hymne à la Norvège
Son père était pasteur et fermier à Kvikne, au sud de Trondheim. Bjørnson fait de bonnes études et, passionné par la politique, débute dans le journalisme. Il s'impose tout de suite avec un roman paysan, Synnøve Solbakken (1857), où il exalte le petit peuple de son pays dans un style neuf, débarrassé de tout romantisme et très proche des contes populaires, qui lui permet de lancer le thème de toute son œuvre : restons fidèles aux forces naturelles qui veillent en nous, tendons « à la vérité plus qu'à la beauté ». La même année, grâce à un concours de circonstances, il succède à Ibsen à la direction du théâtre de Bergen, où il fait jouer Entre les combats (1857), pièce sur le célèbre roi Sverre (xiie s.). Bjørnson a décidé de faire revivre l'histoire norvégienne en s'inspirant des sagas : « Il faudrait réédifier la vie de notre peuple sur notre histoire, les paysans devraient en être la base. » De là découlent les grands courants de toute son imposante production. Ce libéral cherche à capter les forces latentes qui firent la grandeur de la Norvège médiévale : aussi se lance-t-il ardemment dans la politique, notamment à la faveur de la désastreuse guerre du Danemark contre la Prusse (1864). Ce patriote entend exprimer le meilleur de son peuple : son désir d'évasion et d'indépendance (qui aboutira à la libération de la tutelle suédoise en 1905), sa fierté réfugiée trop longtemps dans un silence farouche, sa bonne volonté. Il développe ces idées dans d'autres récits paysans, comme Arne (1859) ou Un joyeux […]
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