De Martha Graham à Pina Bausch, d'Isadora Duncan à Trisha Brown, nombreuses sont les femmes chorégraphes qui ont enrichi le langage gestuel, fouillé les thèmes jusqu'aux découvertes de l'introspection et de la psychanalyse, scruté les horizons nouveaux. Parmi elles, la Suédoise Birgit Ragnhild Cullberg figure au meilleur rang. Toute son œuvre est marquée par un sens aigu de l'analyse psychologique, un humanisme profond, mais aussi par l'amour de la nature ainsi que par l'humour qui vient alléger le poids du regard sur les choses de la vie.
Née le 3 août 1908 à Nyköping, petite ville située sur les bords de la Baltique, Cullberg se destine tout d'abord à des études littéraires, mais elle pratique aussi la danse en amateur, s'initiant tout à la fois aux techniques classique et moderne. Cette ouverture d'esprit marquera tout son parcours, imprégnera toute son œuvre. Il est dit que c'est un ballet de Kurt Jooss, au début des années 1930, La Table verte, implacable réquisitoire contre l'absurdité et l'horreur de la guerre, qui influencera son choix de carrière. Birgit Cullberg rejoint alors Londres en 1935 où elle retrouve ce chorégraphe allemand et son fidèle collaborateur Sigurd Leeder, réfugiés dans la capitale britannique. Pendant quatre ans, elle parfait sa formation auprès d'eux avant de regagner Stockholm où elle constitue un petit groupe expérimental (1939). En 1942, elle épouse le comédien suédois Anders Ek. Ils auront deux fils, Niklas, qui deviendra l'un des principaux solistes de Maurice Béjart au Ballet du xxe siècle, et Mats, qui compte aujourd'hui parmi les plus grands chorégraphes de sa génération.
Après plusieurs créations qui ne laisseront pas un souvenir pérenne, Cullberg crée, le 1er mars 1950, à Västerås, une version dansée de Mademoiselle Julie (musique de Ture Rangstrÿsm), d'après « la tragédie naturaliste » de son compatriote August Strindberg. Sa façon magistrale de camper les personnages et de traduire leurs déchirements l'impose d'emblée. Ce succès lui ouvrira les portes […]
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