2. L'impossible retour
La grande histoire reprend alors ses droits. Chargé de la dénazification du monde du spectacle germanique, et désireux d'avoir des nouvelles de sa famille, c'est un Billy Wilder sans uniforme qui rejoint le quartier général de l'armée américaine à Londres au printemps de 1945. Immobilisé dans la capitale anglaise jusqu'en juin, il sera le premier spectateur des films de diverses nationalités tournés à la libération des camps nazis. Son émotion, redoublée quand il apprend la disparition de sa mère, de son beau-père et de presque toute sa famille à Auschwitz, le conduit à une forme de révolution intérieure. Wilder veut désormais rester en Europe et préparer un grand film de montage consacré à la Shoah. Ce projet (Les Moulins de la mort) se réduira au fil des ans à un court-métrage de vingt minutes. Wilder aura compris, comme d'autres, que certaines images ne peuvent pas être montrées – ne désirent pas être vues – à n'importe quel moment. Mais l'on retrouvera des plans de la capitale allemande détruite au début de son premier film « européen » d'après guerre, La Scandaleuse de Berlin (1948), avec Marlene Dietrich et Jean Arthur. Le rêve de retour est désormais derrière lui. D'autant que Le Poison avait reçu en 1945 l'oscar du meilleur film – Wilder deviendra un habitué de ce genre de récompense –, ce qui aidera le cinéaste à se sentir pleinement américain.
Mais Wilder reste critique et caustique. En 1950, il signe avec Boulevard du crépuscule une somptueuse dénonciation de l'usine à rêves. Ce métafilm hollywoodien oppose des conceptions du cinéma sur un fond macabre : c'est le mort qui raconte l'histoire. Ce jeune scénariste raté a été tué par une ancienne grande star du cinéma muet qui vit recluse dans sa demeure de Sunset Boulevard. Une has been meurtrière d'un never will be : il est de plus tendres évocations de Hollywood... Avec un sens historique sans défaut, Wilder dessine la ligne de fracture entre le muet et le parlant, entre la force d'expre […]
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