2. La question de la temporalité
Les questions spatio-temporelles peuvent sans doute passer pour une évidence lorsque l'on travaille avec un médium tel que la vidéo ou que l'on réalise régulièrement des installations, mais ce serait s'en tenir là aux seules considérations technologiques et ne pas faire droit à ce qu'il faut bien appeler la dimension métaphysique de l'œuvre de Viola. Ne cachant nullement ses intérêts pour les pratiques spirituelles extrême-orientales, l'artiste n'en oublie pas pour autant ses engagements plastiques, et la culture américaine de la pratique, de l'expérience, de la relation au concret, au point de nous proposer des œuvres qui mettent à l'épreuve la répartition de ces approches. Ainsi, dans Heaven and Earth (1992, Museum of Contemporary Art San Diego), deux écrans nous montrent en parallèle un nourrisson de neuf mois (le deuxième enfant de Bill Viola) et la mère de l'artiste dans un lit d'hôpital, sous assistance respiratoire, en train d'agoniser. En réalité, la partie diffusée nous la montre au moment même où elle expire. Dans la version différente qu'il reprendra dans le Nantes Triptych (1992, Tate Gallery, Londres), l'œuvre, comprenant cette fois un personnage central en train de se noyer ou de ressortir de l'eau, était installée dans une chapelle du xviie siècle, soulignant par là que l'expérience de la mort est commune aux religions et aux sociétés. Quelles que soient ses connotations spirituelles ou matérialistes, la mort traverse tous les lieux et tous les temps. La réflexion de Bill Viola sur la temporalité s'accompagne d'une prise de conscience de la finitude humaine, dont nos existences quotidiennes comme les différentes religions auxquelles se réfère l'artiste peuvent témoigner.
Cependant, alors que les œuvres réalisées jusque dans les années 1990 maintiennent un équilibre entre nos expériences courantes et les actes de foi ou de croyance dont chacun se trouvait libre d'y adhérer, Viola développe dans ses œuvres récentes une étonnante icono […]
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