2. Des rôles hors normes
Elle privilégie à présent des rôles de femme dure, ou de victime d'un ordre social sévère, sans jamais gommer les aspérités de ses personnages, mais en leur conférant toujours une touche inventive. Conception plutôt hardie à une époque où le public américain était essentiellement constitué de spectatrices, qui auraient pu rejeter le personnage de « garce » qu'elle interprète dans The Letter (1940), d'après Somerset Maugham, et dans The Little Foxes (La Vipère, 1941), deux films de William Wyler, qui savait parfaitement tirer profit du magnétisme de l'actrice.
Désormais, Bette Davis est la seule interprète en tête d'affiche. Elle alterne donc les rôles de « monstresses », qu'elle dessine avec une jubilation presque masochiste, avec ceux de victimes bien décidées à prendre une revanche sur « les bien-pensants », comme dans Now Voyager (1942). À la fin des années 1940, à la suite de deux comédies anodines, elle rompt son contrat avec la Warner après avoir tourné Beyond the Forest (La Garce, 1949) – qui n'eut pas le succès escompté – pour King Vidor. En 1950, Joseph Mankiewicz la dirige dans All about Eve ; le rôle de Margo Channing, la star de théâtre, est celui auquel on l'identifie le plus volontiers : verbe haut, répliques qui font mouche. Ce film vaudra à son réalisateur deux oscars à Hollywood (meilleur film et meilleur réalisateur) et le prix de meilleure actrice à Bette Davis au festival de Cannes. Cette dernière atteint la maturité de son talent singulier. Mais, alors qu'elle pouvait espérer une brillante « seconde » carrière, elle ne peut trouver de rôles aussi complets, qu'il s'agisse de celui qu'elle interpréta dans Payment on Demand (L'Ambitieuse, 1951) ou dans The Star (1952).
Le temps des honneurs arrive. L'actrice s'autoparodie parfois, accepte des participations telles que The Scapegoat (1959) au côté d'Alec Guiness, ou encore The Virgin Queen (1955) où elle reprend le rôle de la reine Élisabeth, sei […]
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