3. « Exposer un principe d'émotion »
En 1993, Bertrand Lavier expose à la galerie Durand-Dessert à Paris une Alfa-Romeo rouge accidentée, une Giuletta. Cette intrusion de la violence dans un monde jusqu'ici préservé de tout pathos produisit une onde de choc dans le micro-milieu artistique. Mais, comme s'en explique très bien l'artiste, il ne s'agissait pas pour lui de représenter un drame, à la manière d'Andy Warhol avec la série des Crashed Cars, mais, au contraire, « d'exposer un principe d'émotion ». « J'ai découvert, précise-t-il, dans l'intervalle entre César et Chamberlain une œuvre qui m'attendait. Dans une de ces nombreuses casse-auto existant de par le monde, se trouvait Giuletta, c'est-à-dire l'émotion pure. »
La démarche de Bertrand Lavier se veut toujours légère, voire incisive, sans aucune forme de cynisme. Ce qui intéresse l'artiste c'est de donner à voir des rencontres, de favoriser des rendez-vous entre les objets du commun (que nous avons en commun) et le grand art.
En 2003, Bertrand Lavier rend hommage à Frédéric Dard en réalisant un « antimonument funéraire » à Bourgoin-Jallieu (Isère). Signe de l’attention portée au langage et à la dénomination des choses, cette œuvre reprend dans son titre (Objet-Dard) le patronyme de l’auteur de San Antonio, tout en faisant référence à Marcel Duchamp. Décontextualisés, universels, c’est le jeu des couleurs et des formes géométriques de logos réalisés en céramique que l’artiste donne à voir dans l’e xposition Sociétés générales organisée en 2009 à la villa Médicis à Rome.
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