6. Le retour
Inquiété par la « Commission des activités antiaméricaines », Brecht quitte les États-Unis en 1947. Il s'établit provisoirement en Suisse – où il fait jouer une Antigone adaptée d'Hölderlin, destinée à démonter les ressorts de la tragédie et du tragique – et définitivement à Berlin-Est, où il assure jusqu'à sa mort (1956) la direction artistique du Berliner Ensemble, la troupe qu'il a fondée avec son épouse, la grande actrice Helene Weigel. Deux villes se disputaient, raconte Brecht, la présence de M. Keuner (un personnage qui lui ressemble comme un frère) : l'une lui offrait de figurer au salon, l'autre de travailler à la cuisine. Brecht a opté pour la seconde proposition, qui l'amène à participer aux efforts pour construire en République démocratique allemande une société nouvelle. Cela étant, le Berliner Ensemble, accueilli après sa fondation au Deutsches Theater, ne fera son entrée dans sa propre maison qu'en avril 1954, dans ce Theater am Schittbauerdamm où avait eu lieu, en 1928, la première de l'Opéra de quat'sous. Son activité y est généreusement subventionnée. Cependant, l'esthétique de la distanciation, avec les effets critiques qu'elle entraîne, n'est guère conciliable avec le « réalisme socialiste » : heurts et difficultés ne manquent pas, tant avec la presse officielle qu'avec les autorités du régime. L'ironie veut que Brecht ait, de son vivant, connu davantage de succès à l'Ouest qu'à l'Est. À Berlin-Est, il achève sa dernière pièce, Les Jours de la Commune (1949). Il adapte Lenz, Shakespeare ou Molière. Surtout, il met en scène, confrontant son théâtre épique aux réalités du plateau. En quelques années, il forme une remarquable équipe de travail, qui renouvelle le jeu théâtral, et dont rend compte le volume intitulé Theaterarbeit.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



