Né à Rotterdam, étudiant en médecine à Leyde, Bernard de Mandeville s'établit à Londres, où il fit carrière comme médecin à la mode et comme homme de lettres. Auteur d'une œuvre littéraire abondante, il est passé à la postérité avec un court opuscule didactique, La Ruche bourdonnante ou les Canailles changées en honnêtes gens (The Grumbling Hive or Knaves Turn'd Honest, 1705). Cette fable de quelque cinq cents vers fut reprise dans une version remaniée et enrichie de commentaires : The Fable of the Bees : or Private Vices, Publick Benefits, publiée en 1714.
La Fable des abeilles, comme l'indique son sous-titre (« vices privés, vertus collectives »), développe le thème selon lequel la civilisation et la prospérité économique résultent des besoins naturels de bien-être et de luxe et non des vertus d'abnégation et d'épargne. Adam Smith, encore que, dans sa Théorie des sentiments moraux, il critique vertement Mandeville pour avoir opposé à la vertu de l'homme naturel ses besoins de mieux-être, devait être influencé par l'idée, développée par cet auteur, d'une société guidée vers la prospérité par la recherche de l'intérêt individuel et du bien-être personnel.
Mandeville construisait sa fable à partir d'un argument : celui des méfaits de l'esprit d'épargne, vertu individuelle, mais désastre pour la collectivité. Cet argument, qui avait tout pour déplaire à Smith et à ses disciples, devait en revanche attirer plus tard l'attention de Keynes, qui, dans un appendice historique à sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie cite Mandeville de façon élogieuse.
Bernard DUCROS
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