Sous le couvert du bel esprit – qu'il resta jusqu'au bout –, donnant même dans la préciosité, Fontenelle entra en science comme on chausse une mode. Venu pour divertir, il instruit réellement.
En l'annexant à la littérature, loin de la confondre avec elle, il veut que la science devienne assimilable à l'honnête homme qui a le droit d'être initié, mais aussi le devoir de s'ouvrir aux disciplines nouvelles.
Convaincu de l'avantage des Modernes, mû par l'idée du progrès comme s'il pressentait l'ère de mutation constante qui est nôtre, il s'en prend à la tradition, à l'autorité, à tout système, toute fixation qui refuse la leçon des faits, le mouvant de l'histoire.
Jongleur du rationalisme critique, le fin de sa pensée ne vise qu'une aristocratie de l'esprit, mais atteint, par-delà, un public toujours plus vaste de curieux.
Aussi, malgré les limites qui sont celles de son siècle, l'apparition de Fontenelle dans ce qu'il appelait lui-même « l'histoire de l'esprit humain » fut un événement. Type même du précurseur, Fontenelle devança le siècle des Lumières par des œuvres dont la méthode et l'audace marquaient un jalon dans le développement et l'essor de la pensée du xviiie.
1. Le départ d'une pensée critique
Bernard de Fontenelle naquit à Rouen d'une famille de robins. Ses oncles du côté maternel étaient Pierre et Thomas Corneille. En mai 1677, ce dernier, propriétaire de la revue Le Mercure galant, engageait son neveu à titre de collaborateur. La Bruyère avait raison de dire que cette revue était « au-dessous de zéro ». Les contributions du jeune rédacteur n'avaient guère l'envergure nécessaire pour élever le niveau du Mercure. Après Aspar (1680), pièce dont la représentation fut un échec, Fontenelle retourne dans sa ville natale ; en effet, à Rouen, son esprit se refaisait et s'approfondissait. De 1682 à 1687, il publia des œuvres qui devaient fonder sa gloire, et dont la fécondité se révéla tout au long du siècle suivant ; pour commencer, La République des philosophes, roman utopique do […]
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