4. Attributions et jugements
Bernard Berenson a effectué un nombre considérable d'attributions et de datations. Il résolut certains problèmes nés d'œuvres de Giovanni Bellini ; ainsi, après avoir attribué La Sainte Justice à Alvise Vivarini, il revint à Giovanni Bellini. Ne sachant trancher entre Filippino Lippi et le jeune Botticelli, Berenson inventa un peintre qu'il nomma « l'ami de Sandro ». En vérité, il s'agissait bien de Lippi. Ses attributions les plus fameuses portèrent sur des Giotto, des Sassetta, et sur Francesco et Giorgio Martini. Sa collection (raccolta) appartient aujourd'hui à l'université Harvard et elle est visible à la villa I Tatti devenue propriété de cette université. La majorité des objets et des œuvres a été acquise avant 1920. Les objets orientaux occupent les grandes salles ; ils ont souvent été achetés à des voyageurs ou à des militaires, après la révolte des Boxers, et côtoient avec audace les tableaux de la Renaissance.
Par ses jugements Berenson occupe une place importante dans l'histoire de la critique d'art du xxe siècle.
Certains de ses jugements sont célèbres, De Bellini, par exemple, il a dit : « Révolutionnaire, mais grand inconscient, et qui [...] avait visualisé de la manière la plus plastique, (il) inaugure une nouvelle manière qui [...] pourrait s'appeler un début de visualisation pittoresque. » Et de Giorgione : « Le reflet le plus pur du plus beau moment de la Renaissance. »
Berenson a condamné la méthode d'examen des toiles aux rayons X, « l'espoir de ceux qui n'ont pas confiance dans l'observation et l'éducation du sentiment ». Il n'en avait pas saisi la valeur probatoire.
Mais on ne sait pas si l'image que Berenson donnait de lui-même, celle d'un esthète, correspond bien au rôle qu'il joua sur le marché de la peinture. Écoutons sir Kenneth Clarke qui travailla auprès de lui : « Les inventions pirandelliennes n'ont pas toujours réussi ; Berenson a trop ignoré les données externes, sa méthode est trop physiologique. » Et, à propos de ce qu'on a appelé la « manie d'attribution » de Berenson : « Bien que ce soit une erreur vulgaire d'associer la science et l'esprit connaisseur, avec le marché de l'art, le fait est qu'il en reçoit sa force, et, comme toutes les formes d'art et de recherches, elle dérive du besoin qu'on en a... »
La même ambiguïté règne dans les différents discours que Berenson tint sur l'art.
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