3. Valeurs tactiles des œuvres d'art
Le tableau est donc autre chose que l'ensemble des caractères morphologiques qui le composent. L'expert lui-même doit reconnaître que son objet dépasse l'analyse stylistique ; il doit se taire, un autre doit prendre la parole : « Mais le discours sur la qualité appartient à une autre région qui n'est pas celle de la science et ne regarde pas les preuves d'authenticité. » Berenson abandonne alors le ton « impersonnel », qui « ne laisse rien soupçonner de son moi véritable ». Quand il parle de qualités, il ne s'intéresse plus à ce que le tableau peut illustrer, son contenu intellectuel, mais à sa valeur décorative, sa réalité sensible, sensuelle. La qualité n'est pas sur la toile, elle n'est pas dans le spectateur, elle est dans le rapport physiologique qui les unit ; elle est composée des valeurs tactiles : « Les valeurs tactiles apparaissent dans la représentation des objets solides lorsque ceux-ci ne sont pas simplement imités [...] mais présentés de façon à stimuler l'imagination ; celle-ci est amenée à sentir le volume de ces objets, à en apprécier le poids [...] à mesurer la distance qui les sépare de nous, elle nous pousse à nous mettre en étroit contact avec eux, à les saisir, à les étreindre, à tourner autour d'eux... » De même, le mouvement suggéré par la toile fait naître le mouvement sensible du spectateur ; la composition spatiale crée le sentiment de l'extension ; la couleur, subordonnée aux autres composantes, engendre les valeurs viscérales qui « ont trait aux sentiments de bien-être ou de malaise [... ] et s'apparente aux valeurs thermales ou valeurs de températures ». Ne parle-t-on pas de couleur chaude ou froide ? Tel est l'ensemble de notions que Berenson utilise lorsqu'il écrit sur l'objet d'art. Il semble bien qu'il y ait dans ce vocabulaire « biologique » et « vécu » comme une parenté avec les thèmes que Bergson développait lorsqu'il parlait des données immédiates. Berenson cite d'ailleurs Bergson. Mais cette parenté […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



