2. La langue
Le nom « berbère » est depuis fort longtemps appliqué en français au groupe linguistique le plus anciennement connu dans l'Afrique septentrionale et saharienne. Rien ne montre son arrivée à l'époque historique, mais on n'est pas davantage renseigné sur les langues des populations préhistoriques antérieures, qui ont pu laisser des traces au moins dans la toponymie, de même que l'on connaît encore mal l'effet des contacts du berbère avec les langues africaines. Le mot « berbère » paraît venir de l'arabe. Expressif, il a été appliqué à un langage incompris, donc jugé bredouillant. Grecs et Latins employaient de même « Barbari », que du reste ils n'ont jamais réservé à la seule Afrique. D'où une connotation souvent jugée fâcheuse, qui devrait être oubliée depuis longtemps. Les Berbères n'ont jamais adopté ce nom. Traditionnellement, ils désignaient leur langue par des termes d'acception plus limitée, évoquant le groupe local ou régional : « chleuh », « kabyle », etc. Depuis les dernières décades du xxe siècle, la prise de conscience de l'identité berbère a créé le besoin d'une appellation ayant une portée générale : le choix s'est porté sur amazigh, au féminin tamazight (gh ressemble au r parisien), qui passe sans réelle preuve pour avoir été le nom premier des Berbères.
• Situation générale
L'emploi d'un terme unique pour désigner l'ensemble linguistique berbère est justifié par son unité profonde, immédiatement perceptible. Mais cette « langue berbère » ne se présente que sous la forme de parlers locaux, ou de dialectes régionaux qui mériteraient le nom de langues. Souvent l'intercompréhension n'est pas assurée. Tout favorisait la dialectalisation : la dispersion des locuteurs sur un espace immense, leur appartenance à des états peu enclins à promouvoir le berbère, l'absence d'un vrai support culturel ou religieux, la concurrence de langues plus favorisées, à quoi il faut bien ajouter, malgré quelques exceptions, une apparente indifférence des Berbères eux-mêmes. À partir des années 1950, cependant, un mouvement s'est développé pour défendre l'identité berbère et d'abord la langue, désormais […]
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