2. Une tradition reprise par le christianisme
Rien ne permet d'assurer que Beowulf appartient à l'histoire scandinave. On ignore tout, également, de l'existence historique des rois des Geats, à l'exception de Hygelac. Il semble plutôt que l'on ait affaire à une légende fondée, comme bien des légendes germaniques ou autres, sur des sources historiques aujourd'hui obscures et inconnues. La découverte du cénotaphe de Sutton Hoo a jeté une nouvelle lumière sur les rites funéraires des tribus germaniques installées dans l'East Anglie, et corrobore certaines descriptions contenues dans le poème. La légende héroïque (le forgeron-magicien Weland, le collier prodigieux des Brisings, la destruction d'un dragon gardien d'un trésor, etc.) et le folklore (monstres, dragons, mythes divers, péripéties) jouent un rôle non négligeable parmi les éléments de l'œuvre.
Par sa conception et son culte du héros, le poète rejoint la grande tradition germanique : un destin implacable impose au combattant de vivre et de mourir dans l'honneur ; la vengeance est un devoir sacré auquel il ne peut et ne doit se soustraire. Mais cette tradition se trouve fortement marquée et reprise en main par le christianisme : Dieu protège le champion du bon droit et, plus tard, Beowulf mourra en remerciant l'Éternel, son âme rejoignant la demeure des justes. On doit donc parler de la christianisation d'une thématique qui, à sa base, est germanique, ou d'une alliance de deux thématiques à des points centraux où convergent leurs lignes de force.
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