3. Une volonté de catharsis
Lo Prohibido ne fut toutefois que le tremplin qui permit à Galdós d'écrire ensuite d'une traite son roman le plus important, qui est aussi le plus significatif, Fortunata y Jacinta (1887). Ce fut un instant de plénitude ; l'univers galdosien est alors marqué par une réalité visible, approfondie dans son intentionnalité, fouillée jusqu'en ses désirs les plus inavoués. Un tel souci fit de Fortunata y Jacinta une étude remarquable de finesse sur la société madrilène de l'époque. Le récit des amours de Juanito Santa Cruz pour sa femme, Jacinta, et sa maîtresse, Fortunata, constitue le noyau de l'histoire. La première est une représentante typique de la bourgeoisie, de ce monde dont le plus vif stimulant réside dans les affaires et le commerce. Fortunata, en revanche, incarne une psychologie de femme du peuple, avec sa vivacité, sa tendresse sans fard et sa capacité d'affection et d'intégrité morale. Ces deux milieux sociaux sont décrits avec des détails apparemment superflus, mais qui attirent l'attention du lecteur sur ces registres irrécusables du réel.
Le fait d'avoir réussi, dans Fortunata y Jacinta, une image aussi vivante et achevée de la société bourgeoise de son temps démontre que le talent de l'auteur commençait à franchir le seuil du pur romanesque pour atteindre à une vision philosophique du réel. De ce point de vue, le monde des hommes apparaît structuré de façon artificielle ; il est déjà asservi à cet ordre bureaucratique et administratif de l'État qui le gouverne. Une telle intuition fut développée par Galdós dans Miau, qu'il écrivit tout de suite après et dont le héros est Ramón Villaamil : c'est le drame du petit fonctionnaire en congé d'activité (cesante) et de l'ambiguïté existentielle créée par la situation de soumission de l'individu à un ordre d'« immanence bureaucratique », selon l'expression de Galdós.
À certains égards, ce roman annonce l'univers kafkaïen. Il s'agit déjà de mesurer la domination de l'homme par une force dém […]
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