On croit souvent qu'à partir de l'effondrement de sa puissance politique et militaire dans le courant du xviie siècle l'Espagne s'est repliée sur elle-même et qu'elle s'est désintéressée du reste de l'Europe. Cette vue est incomplète et superficielle. Il serait plus exact de dire que c'est l'Europe qui s'est détournée de l'Espagne, dans laquelle beaucoup ne voulaient voir qu'une nation dégénérée, abrutie par l'absolutisme et l'Inquisition, et qui ne pouvait apporter aucune contribution appréciable au progrès de l'humanité. En réalité, si l'Espagne, desservie par sa situation géographique, a parfois manifesté une ombrageuse défiance à l'égard du monde extérieur, elle ne s'est jamais fermée totalement à celui-ci. Bien plus, au xviiie siècle, elle a largement accueilli les courants venus d'Angleterre, de France et d'Italie. Par un curieux paradoxe, le monde extérieur occupe la première place dans l'œuvre d'un illustre écrivain, le bénédictin Benito Jerónimo Feijóo y Montenegro, qui n'a jamais quitté son pays et qui est à peine sorti de sa cellule monastique.
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