1. Le philosophe
Né à Pescasseroli (Abruzzes), Benedetto Croce appartient à une famille de grands propriétaires terriens et de magistrats, et son enfance se passe dans un milieu austère et laborieux. Il est attiré très jeune par des recherches de caractère érudit, portant principalement sur l'Italie méridionale, et ses premières publications sont des recueils de variétés historiques et folkloriques, des biographies, des études sur l'importance de l'occupation espagnole. Ces travaux l'absorbent de 1886 à 1892, et il ne les abandonnera jamais totalement. Ils lui fourniront la documentation de ses ouvrages historiques sur l'Italie méridionale, mais ne satisfont qu'en partie son besoin d'une certitude à la fois concrète et universelle.
Croce est ainsi amené à réfléchir sur la signification de l'histoire ; en 1893, il publie La Storia ridotta sotto il concetto generale dell'arte, où l'on trouve le double refus qui marque toute sa pensée : celui de l'idéalisme hégélien, très vivant à Naples, et qui aboutit à l'apriorisme historique ; celui du positivisme, encore vigoureux mais déjà en crise. Il croit trouver une voie satisfaisante dans le marxisme, pour lequel il s'enthousiasme (1895-1896), mais qu'il abandonne rapidement, lui reprochant son instrumentalisme.
C'est surtout contre l'esthétique positiviste qu'il écrit son Estetica (Esthétique, 1902), où il affirme, à la suite de De Sanctis, le caractère non intellectuel de l'art, qui est unité intuitive de la forme et du contenu, activité créatrice indépendante de l'intellect et de la volonté, sans être pour autant autonome. Croce considère toute œuvre poétique comme un langage nouveau, ce qui l'amène à insister sur le caractère individuel du langage, opposé au caractère social de la langue. L'Esthétique lui pose de nouveaux problèmes, notamment en ce qui concerne les rapports de l'activité artistique avec les autres activités humaines. Il décide donc d'illustrer son esthétique par des essais de critique littéraire, et de compléter sa philosophie de l'esprit par une lo […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



