6. Les doctrines
Trois tendances aux frontières parfois indistinctes parcourent le mouvement des béguines et des bégards. L'exégèse chrétienne a mis l'accent sur le caractère visionnaire de Béatrice de Nazareth, de Mechtilde de Magdebourg et de nombre de moniales, dont le rattachement aux cisterciens indique assez leur prudent souci d'orthodoxie. S'il est vrai que leur expérience de l'amour extatique privilégie l'esprit aux dépens du corps, le mysticisme de Hadewijch, dont les écrits seuls nous sont connus, trahit plus d'incertitude. Sa Liste des parfaits mentionne la béguine Aleydis, brûlée en 1236, pour « son juste amour », thème que Marguerite Porète développe dans son œuvre. Le Miroir des simples âmes montre comment l'âme annihilée en Dieu fait de l'être humain le réceptacle de la volonté divine, identifiée au pur amour. L'individu accède ainsi à l'état de perfection. Comme pour Bloemardinne de Bruxelles, la voie de la réalisation divine est celle de l'amour charnel affiné.
Dans les communautés de Cologne et de Schweidnitz, en échange, l'identification à Dieu n'est que la volonté de puissance s'arrogeant le droit d'imposer ses volontés. L'homme en état de perfection, dira Hartmann, est maître et souverain de tout être et de toute chose, conception plus proche, en sa substance, de Sade et de Nietzsche que de l'harmonie universelle issue, chez Porète, de la transmutation des désirs et d'une omniprésence de la relation amoureuse.
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