5. Répression et réhabilitation
Henri de Virnebourg fait brûler à Cologne, en 1322, Walter de Hollande, auteur du livre intitulé Des neuf rochers spirituels, qui est aujourd'hui perdu et dans lequel J. L. von Mosheim voit « un vrai manuel de Libre-Esprit, plus cher que tout autre aux bégards ». Une chronique fait état d'une cinquantaine d'exécutions consécutives aux aveux de Walter. À Erfurt, Constantin est exécuté en 1336 pour avoir soutenu qu'à l'égal du Christ il était le fils de Dieu ; qu'Augustin, les docteurs de l'Église, le pape et les clercs trompaient les hommes ; et que les sacrements n'étaient qu'une fiction entretenue par les prêtres pour satisfaire leur cupidité. La confession de Jean de Brunn, membre d'une communauté de Cologne de 1315 à 1335, et l'interrogatoire des béguines de Schweidnitz (1332) confirment qu'en dépit des persécutions la licence qu'encourage le Libre-Esprit se perpétue dans la clandestinité des béguinages et use du langage théologique comme d'un langage codé (« Rogo caritatem, conjaceas mihi »). Les procès de Metza von Westenhove (Strasbourg, 1366), de Johannes Hartmann (Erfurt, 1367), de Jeanne Dabenton et des turlupins (Paris, 1372), de Konrad Kannler (Eichstadt, 1381) ne livrent que quelques aspects visibles d'un mouvement dont les partisans refusent la vocation de martyr et n'hésitent ni à se dissimuler sous une piété apparente, ni à abjurer.
Tandis que le Libre-Esprit se poursuivait sous d'autres formes, le bégardisme disparut lorsque l'Église, revenant sur le manque de discernement de sa condamnation, accorda sa protection aux béguines de stricte obédience. Les associations y perdirent leur indépendance et furent contraintes de se rattacher à l'ordre franciscain ou à l'ordre dominicain. Elles disparurent de France et d'Allemagne pour ne subsister plus que dans les Pays-Bas, où se forme, au xve siècle, la congrégation des bégards de la troisième règle de saint François. Les béguines retrouvèrent leur organisation initiale – avec des novices soumises à l'autorité de supérieures nommées magistrae ou marthae –, partageant leur temps en travaux manuels (tissage, dentelle), œuvres de charité et prières. Bruges, Amsterdam, Diest, Courtrai ont sauvegardé dans leurs béguinages le souvenir d'une parfaite réussite architecturale, alliant la maison individuelle, le jardin privé, le parc des rencontres, et ménageant au cœur de l'agitation des villes un enclos de sérénité.
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