2. Le témoin de l'âme d'un peuple
La seconde partie de la vie de Smetana commence donc sur d'heureuses perspectives. Désillusion encore ! Rien ne sera fait de sérieux en faveur de la culture tchèque. En 1862, la Diète décide de faire construire un théâtre provisoire, mais il fallut une souscription populaire pour ériger le Théâtre national : « Le Peuple à lui-même. » Smetana devient de plus en plus un musicien militant, mais il sera déçu par son propre milieu. La vie musicale s'organise néanmoins : l'orchestre de l'opéra, sous sa direction depuis 1866, donne naissance à une école symphonique tchèque qu'illustrera surtout Dvořák. Une grande école chorale naît aussi. Smetana collabore par ailleurs à la fondation du « Cercle des arts ». Depuis son séjour à Weimar, il rêvait de théâtre. Il savait que ce genre pouvait être un enjeu politique et satisfaire les aspirations populaires. Sa première œuvre, imparfaite, était déjà sans ambiguïté : Les Brandebourgeois en Bohême (1863). Vinrent ensuite La Fiancée vendue (1863-1866) et Dalibor (1866-1867), ouvrages qui illustrent parfaitement le « tchéquisme » du musicien.
Smetana fut pourtant assailli de reproches, insulté par les censeurs, accusé de wagnérisme par ceux qui ne demandaient, en fait de musique nationale, qu'une simple imitation, un calque des chansons et des danses rurales. Curieusement, l'Occident aura tendance à ne retenir de lui que le « cachet national », une sorte d'exotisme de surface masquant la synthèse réussie par Smetana des différentes facettes de l'âme tchèque. Une certaine hostilité, virulente et parfois sans pitié, l'entoura jusqu'à sa mort malgré Libuše (1871-1872), œuvre qui touche au sentiment profond de la nation tchèque, et le charme délicat que l'on trouve dans Les Deux Veuves (1873-1874), Le Baiser (1876), Le Secret (1877-1878)...
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