4. Un précurseur
Beccaria a été l'un des premiers à attirer l'attention sur les causes économiques et sociales de la criminalité, à proposer des remèdes, à esquisser ce que doit être une politique criminelle éclairée, cohérente et efficace des pouvoirs publics. « On ne peut appeler précisément juste ou nécessaire (ce qui est la même chose) la punition d'un délit tant que les lois n'auront pas adopté les moyens les plus efficaces possibles de le prévenir, eu égard aux circonstances particulières dans lesquelles se trouve une nation. »
Les idées de Beccaria ont amené, en l'espace de quelques lustres, plus de changements dans le droit pénal mondial que celui-ci n'en avait connu depuis plusieurs siècles. Avant même la Révolution française, le despotisme éclairé réalisa de profondes réformes ; en France, les édits de Louis XVI de 1780 et 1788 (comportant notamment l'abolition de la torture) s'en inspirèrent, et le droit intermédiaire consacra la plupart des idées de Beccaria (les codes napoléoniens revinrent quelque peu en arrière). La légalité de la répression, l'abolition des supplices, la modération des peines, l'organisation des droits de la défense sont des conquêtes dues à Beccaria.
Le droit pénal moderne s'écarte des conceptions de ce précurseur dans les domaines où les progrès de la science ont apporté des données nouvelles. Beccaria faisait peu de place à la psychologie normale ou pathologique des délinquants ; il n'a pu mesurer l'importance et les causes de la délinquance juvénile ; il a surestimé les possibilités de prévision et d'action pratique du législateur ; il a exagéré la rigidité du châtiment légal et la défiance à l'égard du pouvoir judiciaire ; il s'est sans doute leurré sur les vertus de l'intimidation.
Mais l'hommage qui lui a été rendu en 1964, comme à un des bienfaiteurs de l'humanité, montre le crédit que ses idées fondamentales ont conservé.
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