2. La basse fondamentale
Quand Guillaume de Machaut, dans le Credo de la Messe de Notre-Dame, fera un des premiers résonner ensemble les trois sons de l'accord parfait, les musiciens auront la révélation de la valeur en soi d'une agrégation harmonique. En soi, c'est-à-dire indépendante du jeu des parties et de leurs rencontres fortuites. C'est dans cette écriture verticale, qui vient d'ouvrir ses perspectives aux créateurs, que le rôle organique de la basse va révéler peu à peu sa puissance, jusqu'à s'affirmer comme le fondement de la syntaxe nouvelle.
Pourquoi cela ? Pourquoi la basse d'un accord a-t-elle ce pouvoir signifiant qui suffit à donner à cet accord son poids, sa couleur et sa fonction dans le déroulement du discours musical ?
Le système harmonique occidental repose sur un étagement de tierces à partir d'un son fondamental. Les deux premières tierces donnent l'accord parfait. À partir de la troisième tierce surgissent des accords dissonants de septième, puis de neuvième, et ainsi de suite.
Rameau, dans ses ouvrages théoriques sur l'harmonie, a montré que le système trouvait sa justification dans la résonance naturelle, dont l'analyse fait apparaître ces mêmes sons que nous associons dans nos accords. La théorie a prêté à certaines discussions qu'il n'y a pas lieu d'évoquer ici. Mais il est en tout cas incontestable qu'il n'existe pas, dans la nature, de sons simples (ce que les électroniciens appellent des sons sinusoïdaux et qu'ils émettent artificiellement grâce à leurs appareils).
Chaque son porte sa charge plus ou moins complexe d'harmoniques, et un ut grave attaqué, par exemple, sur un piano avec assez de force permet à une oreille tant soit peu exercée de discerner plus ou moins clairement son octave, puis le sol au-dessus de l'octave, enfin le mi au-dessus du sol. Pour les autres harmoniques, on ne les entend pratiquement pas, et ceux dont je viens de parler ne sont pas réellement entendus dans un contexte harmonique qui les masque. Mais il n'en reste pas […]
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