4. La littérature
• Premières œuvres (XIVe et XVe s.)
Dans l'histoire des littératures, la poésie précède généralement la prose. Les Basques n'ont pas manqué à cette tradition.
À côté des « prières païennes » (impossibles à dater) au Soleil et à la Lune, et des premières « cantilènes chrétiennes » (également impossibles à dater), voici les Chants de guerre civile des xive et xve siècles, racontant les luttes d'Oñaz contre Gamboa, de Gramont contre Beaumont, avec les batailles, incendies, sacs de villes et assassinats qu'elles comportent. Le plus beau est intitulé la Chanson de Bereterretche.
Voici encore les eresiak, complaintes familiales dialoguées entre femmes de haut rang, à l'occasion des mariages, deuils et autres célébrations : la plus renommée est Alos-torrea (La Tour d'Alos). C'est un genre sans mièvrerie, chargé plutôt d'ironie féroce.
Vers 1450 a dû apparaître un théâtre populaire qui dure encore en Soule : il se rattache aux « mystères ruraux » qui ont jadis existé un peu partout en Europe. Les pièces tragiques s'appellent « pastorales », mais n'ont rien de commun avec celles du Tasse ou de Montemayor. Sans souci des trois unités, elles sont écrites en versets rimés qui se chantent sur une mélopée archaïque, et jouées selon des conventions originales. Les sujets s'en répartissent en huit cycles : Bible, Antiquité gréco-latine, hagiographie, légendes, récits d'aventures, chevalerie, histoire de France et histoire locale. Les pièces comiques sont des « farces charivariques » qui caricaturent la technique des pastorales.
Pour ce qui est des traditions, légendes et chansons folkloriques, le fonds en est ancien, surtout celui qui se réfère aux croyances et coutumes antérieures à la christianisation des Basques ; mais précisément, on ignore quand le paganisme a vraiment disparu de chez eux. Deux opinions sont en présence : Gorostiaga, avec la tradition, admet l'organisation de centres chrétiens dans les villes romaines du Pays dès le ive siècle, et l'achèvement de la christianisation avant l'an 900 ; Lacarra, avec bien des modernes, ne nie pas l'introduction ancienne du christianisme dans les milieux citadins, mais pense que les jentilak ou païens basques ont cohabité avec les convertis jusqu'à une date plus récente : d'aucuns voient dans la persécution des sorciers, terminée en 1609, la lutte contre ceux qui voulaient maintenir l'antique religion.
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