2. Le réformateur des Indes
C'est à cette époque que se produisit la « conversion » de Las Casas. Il a lui-même raconté comment il prit conscience, en préparant un sermon pour la Pentecôte de 1514, du fait que « tout ce qui se commettait aux Indes vis-à-vis des Indiens était injuste et tyrannique » : il renonça aussitôt à son repartimiento et commença à prêcher contre l'encomienda, au grand scandale des colons. En 1515, il s'embarqua pour l'Espagne où il voulait agir auprès du roi, avec l'appui des dominicains d'Hispaniola.
Pour convaincre les puissants et surmonter l'opposition des colons, Las Casas tenta de concilier ses projets de réforme en faveur des Indiens et les profits que les Espagnols attendaient de l'exploitation des Indes. Il présenta aux cardinaux Cisneros et Adrien d'Utrecht, régents du royaume, des plans de mise en valeur des Antilles qui prévoyaient le remplacement de l'encomienda par une association entre laboureurs castillans et Indiens. Pour arrêter le dépeuplement d'Hispaniola – les indigènes, un million peut-être en 1492, n'étaient plus que quelques milliers en 1510 –, il proposa de substituer aux travailleurs indiens des esclaves africains : mais il n'est pas l'initiateur de la traite négrière, pratique déjà ancienne acceptée par les chrétiens de l'époque. Il ne comprit que plus tard l'iniquité de l'esclavage des Noirs et s'accusa hautement de son aveuglement passé.
De retour à Hispaniola avec le titre de procureur des Indiens, Las Casas ne put obtenir des religieux hiéronymites chargés d'enquêter sur place la condamnation formelle de l'encomienda. En 1517, il était de nouveau en Espagne, agissant auprès de l'entourage flamand du roi Charles contre l'influence malfaisante de l'évêque Fonseca dans les affaires des Indes. À Barcelone, en 1519, il soutint avec éclat, dans une controverse publique, la thèse de la liberté naturelle des Indiens.
Afin de démontrer par l'exemple la possibilité d'une évangélisation pacifique de l'Amérique, il se fit confier, par contrat (capitulaciones) avec la Couronne, la colonisation de la côte de Cumana (au nord du Venezuela), où il devait établir des laboureurs castillans (1520). L'opposition des colons, l'hostilité des Indiens Caribes et les propres erreurs de Las Casas sur le terrain firent que l'entreprise s'acheva en désastre. Il vit dans son échec la condamnation divine des concessions qu'il avait faites jusqu'alors aux intérêts du siècle et, après une grave crise de conscience, il prit à Saint-Domingue l'habit dominicain. Cette « seconde conversion » de Las Casas l'éloignait provisoirement du monde, mais non de sa mission, qu'il conçut de façon encore plus radicale.
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