Reine chez les créoles, la clarinette connaît son heure de gloire dans la prime jeunesse du jazz. À cette époque, on joue du black stick et accessoirement du saxophone (bientôt les termes s'inverseront). On trouve donc de nombreuses vedettes de l'instrument chez ces jazzmen que l'on qualifie parfois d'archaïques : Alphonse Picou, George Baquet, Lorenzo Tio Jr. De splendides musiciens comme Jimmie Noone, Johnny Dodds, Sidney Bechet – ce dernier bien vite conquis cependant par le saxophone soprano –, George Lewis, Joseph Rappolo, Albert Nicholas ou Mezz Mezzrow assoient à la fois sa réputation et ses possibilités expressives. Mais Barney Bigard reste peut-être celui qui marie le plus intimement la plus absolue perfection technique et la sensibilité la plus frémissante.
Leon Albany « Barney » Bigard naît à La Nouvelle-Orléans le 3 mars 1906. Bien vite, il se met à l'école de Lorenzo Tio Jr. pour le saxophone et la clarinette. Il fait ses débuts dans sa ville natale avec Octave Gaspard et Albert Nicholas. Il obtient son premier engagement important, en 1925, à Chicago, chez le trompettiste King Oliver. En 1927 et en 1928, on le retrouve dans les formations de Charlie Elgar, Luis Russell et Jelly Roll Morton.
Mais vient la grande rencontre de sa vie musicale, un certain Duke Ellington. Barney Bigard a vingt-deux ans. Il restera quatorze ans dans l'orchestre de ce géant du jazz. Ce sont les années les plus fécondes de toute sa carrière. En pleine possession de ses moyens, Barney Bigard épanouit, dans les nouveaux horizons harmoniques et rythmiques que le Duke découvre devant lui, une maturité expressive qui le place au premier rang des musiciens de son temps. Membre irremplaçable de l'illustre phalange, il est de tous les coups d'éclat d'Ellington. On ne compte plus ses solos inspirés, au sein de la formation complète ou dans des ensembles plus réduits : Tiger Rag, Saratoga Swing, The Mooche, Across the Track Blues, A Portrait of Bert Williams, Caravan, Rose Room, Dusk on the Desert et tant d'autr […]
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