2. Identité(s) des Barcelonais
Être Barcelonais, c'est soulever la question de l'intégration dans une ville-creuset, cosmopolite, qui accueille les migrants, longtemps venus du sud de l'Espagne et des provinces pauvres, aujourd'hui relayés par les étrangers, notamment européens, et plus encore méditerranéens et africains. Le prolétaire et l'entrepreneur se sont souvent côtoyés dans Barcelone, le peón en faisant une ville andalouse, l'empresari (« entrepreneur »), une ville d'Europe du Nord. Le xarnego, Barcelonais récent fraîchement arrivé du sud, traditionnellement cantonné dans les travaux les moins valorisants, semble avoir menacé un temps les choix culturels de la cité, le franquisme prétendant l'utiliser pour diluer la culture catalane. Castillanophone avec l'accent andalou, le xarnego alimente le groupe des « autres Catalans », décrit par le romancier Francisco Candel, dans son essai sur l'immigration intérieure (Els Altres Catalans, 1964). De son côté, le Barcelonais de souche affirme volontiers qu'il n'est pas espagnol, ni par sa langue, ni par sa culture. Ainsi, au total, la ville a intégré plus de 3 millions de migrants entre la fin des années 1930 et les années 2000. L'immigration constitue tout à la fois un défi constant et une expérience valorisante pour la ville : Christophe Colomb ne venait-il pas de Gênes, Pablo Picasso de Málaga ?
À Barcelone, les hommes du sud comptent moins aujourd'hui face aux immigrants venus d'Amérique latine, d'Afrique noire, du Maghreb et d'Europe de l'Est. Ces nouveaux arrivants apprennent le castillan, plus difficilement le catalan. À Barcelone, on peut d'abord se dire Andalou, Catalan au bout d'un certain temps, Espagnol toujours en dernier lieu. La langue des affaires reste l'anglais, le poids culturel passe par la pratique du français, l'identité de la nation s'appuie sur le catalan, celle de l'État sur le castillan, le tout au bénéfice d'une capitale européenne du Sud.
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