L'œuvre de la chanteuse française Barbara n'est pas volumineuse, mais le style de Barbara est unique. Si la chanson est la seule forme crédible de poésie depuis les années 1920, ce n'est pas parce qu'elle façonne des chefs-d'œuvre dans les matériaux nobles, mais qu'elle effleure les émotions juste avant qu'elles ne s'évanouissent. De quoi parlent les chansons de Barbara ? Il y a bien des bribes de scénario, des lieux, des personnages. Mais pour quel rôle ? Dans quelle pièce ? La poésie alors est cette mémoire blessée qui s'agrippe aux mots simples, aux visages, aux instants qui la déchirent ; c'est ce gémissement, à peine un cri, ces élans de tendresse triste et ces brefs sourires dans la panique de vivre que Barbara, sur scène, traduisait magnifiquement à travers une posture, un geste de la main. Ses chansons sont le mal de vivre et la plaie ouverte de l'adolescence, une sombre silhouette romantique, grimée en noir et blanc devant les touches du piano. Faut-il pour autant graver le nom de Barbara sur le monument aux mortes de celles qui disent la folie, le bonheur et la douleur d'être femme ? Parce qu'elle a choisi la stylisation du chant plutôt que les poses rhétoriques, elle est plutôt une figure possible du féminin en chacun de nous, énergie et fragilité, souffle dans le désordre de la nuit.
1. La chanteuse de minuit
Barbara a toujours nié que son pseudonyme ait été trouvé dans le célèbre poème de Prévert : il s'agit en fait du prénom de sa grand-mère russe Varvara. Monique Serf est née le 9 juin 1930 à Paris, dans une famille juive originaire de Russie. Elle suit obstinément sa vocation d'artiste et prend des cours de piano et de chant au Conservatoire de Paris, mais elle est trop rebelle pour ne pas exploiter seule ses talents dans la lignée des grandes chanteuses populaires qu'elle aime, comme Marie Dubas, Fréhel ou Édith Piaf. En 1949, l'année où meurt son père à Nantes, Jean Wiener lui indique le cabaret de La Fontaine des Quatre-Saisons, dirigé par Pierre Prévert. Même si elle […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



