10. Niveaux de vie et justice sociale
La misère recule trop lentement, ce qui est assez normal étant donné la faible croissance de l'économie jusqu'en 1980 et le poids des calamités naturelles liées au manque d'espace.
Des changements apparaissent néanmoins dans les districts avancés (Comilla entre autres) où, depuis des décennies, les salaires des manœuvres agricoles augmentent en termes réels. Les offres d'emploi, surtout hors de l'agriculture, s'élargissent grâce à la diversification de l'économie rurale (services, petites industries, pêche, légumes, etc.), phénomène qui se retrouve dans d'autres pays d'Asie.
Les paysans sont durs à la tâche et avisés, même s'ils sont illettrés, mais l'exiguïté des terres cultivées crée des conditions de vie trop souvent fragiles. Le nombre des familles sans terre ou propriétaires d'un minuscule lopin a certes baissé grâce à l'émigration vers les villes ou à l'étranger. En 1995 cependant, il représentait encore 50 p. 100 des familles rurales, contre 56 p. 100 en 1984. L'indice de pauvreté, resté stable entre 1980 et 1990, a baissé de 59 p. 100 à environ 50 p. 100 dans la décennie suivante, et celui de l'extrême pauvreté de 42 à 34 p. 100. Le P.N.B. par habitant progresserait d'un peu plus de 3 p. 100, résultat non négligeable, mais dont la portée est réduite par la modestie du point de départ.
Très approximatives, ces estimations indiquent au moins les tendances que confirment la croissance de l'économie, les efforts du gouvernement, sans oublier ceux de nombreuses O.N.G. et de la Grameen Bank.
Malgré ces progrès, le climat social peut être lourd dans les campagnes où la société est divisée. Le moindre litige foncier peut finir par un meurtre ; violences, abus, conflits entre les riches (peu nombreux) et les pauvres sont loin d'être rares. Quant à l'administration locale, elle a partie liée avec les notables.
Dans les villes, des signes d'insécurité se manifestent. À Dhaka, en particulier, prolifèrent les bidonvilles dans des conditions très variables. Quelques-uns sont plus ou moins aménagés avec points d'eau, latrines, électricité. D'autres, les plus récents, offrent un habitat très précaire. Une partie non négligeable des habitants exercent un travail salarié, entre autres dans les usines de vêtements.
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