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BAMIYAN

Placée sur l'ancienne route reliant l'Inde à la Chine, la région de BāmiyānAfghanistan fut fréquemment parcourue ; grâce à sa situation exceptionnelle, Bāmiyān put servir de lien entre l'étendue des steppes au nord de l'Oxus et les bassins peuplés de l'Indus et du Gange. À 2 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, encastrée entre les hautes montagnes de Khwaja Ghar (prolongation de l'Hindou-Kouch occidental) au nord, et de Koh-é-Bābā au sud avec son point culminant, le Shāh Folādi (5 143 m), la vallée de Bāmiyān était comme un relais indispensable pour assurer le passage des caravanes venant de Begrām par le col de Shebar (2 985 m) ou de Kaboul par les cols successifs d'Onaï (3 350 m) et d'Hādjigak (3 250 m). La traversée des cols de Qara Kotal (2 840 m), de Dandān Shekan (2 690 m) et d'Aq-Robāt (3 125 m) entre Bactres (Balkh) et Bāmiyān lui donnait davantage le rôle d'une halte où les voyageurs trouvaient tout le ravitaillement nécessaire.

Afghanistan Carte

Afghanistan Carte politique de l'Afghanistan 

Crédits: 2005 Encyclopædia Universalis France S.A. Consulter

Le site de Bāmiyān recouvre un bassin de conglomérat tertiaire où les lits des rivières sont marqués par de larges dépressions limitées de part et d'autre par des bancs constitués par ce même conglomérat, formant ainsi plusieurs vallées. La vallée de Bāmiyān proprement dite occupe d'est en ouest, sur une longueur de 12 kilomètres environ, la partie occidentale de cette région ; les vallées de Folādi et de Kakrak y débouchent au sud-ouest et au sud-est.

1.  L'art irano-bouddhique de Bāmiyān

Sur le versant septentrional de la vallée de Bāmiyān se dresse abruptement une falaise de grande dimension où furent sculptées deux statues du Buddha représenté deboutBamiyan, celle du côté est mesurait 38 mètres de hauteur et celle du côté ouest atteignait une hauteur de 55 mètres. Elles firent l'admiration des visiteurs jusqu'à leur destruction par les talibans en 2001. Toutes les deux sont abritées par des niches trilobées, ornées de peintures murales et entourées de centaines de cavités qui sont en réalité les ouvertures d'innombrables grottes artificielles aux formes diverses, allant du plan circulaire au plan polygonal et du plan carré au plan rectangulaire. Ornées de peintures murales ou de motifs architecturaux exécutés en relief, ces grottes sont couvertes soit de plafonds plats ou voûtés, soit de coupoles simples ou posées sur trompes d'angle. On y remarque également des plafonds creusés dans le roc à l'imitation d'une charpente en bois.

Bamiyan Photographie

Bamiyan Buddha sculpté dans la falaise. Hauteur : 55 mètres. Détruit en 2001. Bamiyan, Afghanistan. 

Crédits: Istituto Geografico De Agostini Consulter

Sur la ville royale et sur deux grands monastères bouddhiques bâtis non loin de la falaise, nous n'avons que des renseignements partiels ; pour la période musulmane, en revanche, deux ruines importantes se dressent encore : la première, au sud-est de la falaise, appelée Shahr-é-Gholghola ; la seconde, Shahr-é-Zohāk (ou la « ville rouge »), située plus à l'est sur un éperon rocheux d'une étonnante couleur ocre rouge, surveille la croisée des routes menant à Kaboul.

Aussi bien placée, géographiquement, Bāmiyān n'a pas manqué de profiter des échanges commerciaux qui avaient lieu entre les villes importantes situées au nord et au sud de l'Hindou-Kouch. Elle a su également bénéficier de l'expansion du bouddhisme et devint un centre important de la propagation de la doctrine de Sākyamuni. Ainsi s'est-elle, grâce à de nombreux dons, embellie de monuments de culte, comme le grand Buddha couché en parinirvạ̄nā, long de mille pieds (environ 300 m), qui n'a pas encore été exhumé. On a cru voir dans la statue du Buddha debout de 38 mètres et dans les grottes avoisinantes (du groupe A à G) les œuvres les plus anciennes de Bāmiyān en raison de la disproportion (jambes courtes et tête très développée) de la statue elle-même, disproportion qui serait le témoignage d'un premier essai de sculpture gigantesque et monumentale, essai que l'on n'a pas hésité à dater de la période kouchane (ier-iiie s. apr. J.-C.). Il est vrai que les peintures murales de la partie supérieure de la niche de ce Buddha représentaient une divinité céleste (probablement Sūrya) debout sur son char, entourée d'images qui s'inspirent du répertoire iconographique gréco-romain. Il est vrai aussi que dans cette partie de la falaise, à part les décors en relief des grottes D et F, l'empreinte de l'art gupta ne se fait pas encore sentir. Parallèlement à la tradition gandharienne, des motifs sassanides véhiculés par l'intermédiaire des Hephtalites s'ajoutent à la décoration des grottes (plafond de D1).

Par contre, la grande statue du Buddha debout de 55 mètres et ses grottes avoisinantes (numérotées de I à XV) formaient un ensemble plus cohérent, influencé par l'art du Gandhāra et celui des Gupta de l'Inde ; en témoignaient les proportions heureuses de la statue elle-même, ainsi que les peintures murales de sa niche parfaitement trilobée ; l'ensemble fut exécuté entre le ve et le vie siècle après J.-C. Conjointement à ces apports artistiques, l'empreinte de l'Asie centrale apparaît dans les représentations des donateurs habillés de caftan et tunique qui distinguent les cavaliers des steppes, ainsi que dans le système particulier de couverture de certaines grottes imitant les plafonds en bois constitués de poutres en encorbellement, plafonds que l'on a pris l'habitude de désigner par le terme allemand Lanternendecke. Entre les grands Buddha de 38 et 55 mètres, d'autres groupes de grottes comme E, H, I, J et K occupent la partie centrale de la falaise. Il s'agit des niches trilobées qui abritaient jadis des statues de Buddha assis (E, H et I) ou de grottes (J et K) dont les peintures murales correspondent, sans doute, à l'apogée artistique de Bāmiyān. Ici, diverses influences se confondent progressivement pour donner naissance à un art propre qui se caractérise par l'emploi de couleurs dominantes, comme le bleu lapis du Bodhisattva du groupe E et l'ocre rouge de la grotte K. Outre cette palette chatoyante, on observe une miniaturisation de plus en plus élaborée des figures placées dans des médaillons soigneusement disposés autour de l'image centrale, miniaturisation qui tend à mettre en évidence l'image centrale, souvent constituée par un Bodhisattva. Bien que Bāmiyān soit cité comme un centre de la secte Lokottaravādin, la composition de ses peintures murales dénote en effet une prédominance de l'iconographie mahāyāniste, qui met surtout Maitreya en évidence. De cette phase de l'école de Bāmiyān (vie-viiie s.), il faudrait rapprocher les peintures murales de Folādi (vallée adjacente à l'ouest de celle de Bāmiyān) et les beaux fragments de Kakrak (autre vallée adjacente, à l'est de Bāmiyān), provenant de la grotte au « Roi chasseur », actuellement répartis entre le musée Guimet, à Paris, et le musée de Kaboul.

Ainsi l'art de Bāmiyān, grâce à la position géographique du site, est comme le maillon d'une longue chaîne qui va de l'Inde et du Gandhāra jusqu'à la Bactriane et à la Sogdiane, pour atteindre l'Asie centrale chinoise et aboutir à Dunhuang.

Réussissant la symbiose de diverses tendances, Bāmiyān créa l'art dit « irano-bouddhique ». Actuellement, on conçoit difficilement des relations entre les sites artistiques du nord et du sud de l'Hindou-Kouch, comme Pendjikent et Adjina-Tépé (Ouzbekistan), et Fondukistan et Tapa Sardar de Ghazni (Afghanistan), qui ne passeraient pas par Bāmiyān.

2.  Bāmiyān au cours des siècles

Le nom de Bāmiyān est l'aboutissement normal de l'évolution phonétique, en persan, du mot Bāmīkān qu'on trouve dans le Bundaheš pehlvi et de Bāmīkān qu'on trouve dans la Géographie du pseudo-Moïse de Khorène. Il apparaît dans les textes chinois à partir du ve siècle sous des formes plus ou moins différentes : Fan-yang, Fan-yen, Fang-yen et Fan-yen-na. Ces textes chinois sont de deux sortes : les uns évoquent Bāmiyān quand il faisait partie de la grande réorganisation administrative chinoise concernant les pays d'Occident ; les autres sont des Mémoires ou des récits de voyageurs. Le plus célèbre d'entre eux, le pèlerin chinois Xuanzang, qui visita Bāmiyān entre 629 et 645, nous a laissé une description très riche de ses monuments et de la vie sociale et religieuse de ses habitants. Presque un siècle après lui, le moine coréen Huizhao, qui traversa Bāmiyān en 727, nous le décrit comme un royaume indépendant malgré la présence de l'armée arabe au nord et au sud de la région. L'islamisation de la population de la vallée s'est faite progressivement. Au lieu d'une répression brutale, la plupart des princes de Bāmiyān, qui portaient le titre de Sher (roi), avaient été nommés aux postes importants de la cour de Bagdad ou d'ailleurs. C'est ainsi qu'un Sher de Bāmiyān avait été nommé gouverneur du Yaman en 844. L'avènement de Yaqub le Saffaride, qui transporta à Bagdad les idoles après la destruction d'un grand temple, ne marqua pas la fin de l'existence pré-islamique de Bāmiyān.

Il fallut attendre les Ghaznawides pour que la dynastie indigène non musulmane de Bāmiyān succombe définitivement. Sous les Ghorides, Bāmiyān fut pendant presque un siècle (1155-1212) la capitale d'un grand royaume s'étendant jusqu'au nord de l'Oxus (Āmou Dariā). Quand, en 1221, Gengis Khan, pour venger la mort de son petit-fils, rasa totalement la ville et massacra ses habitants, Bāmiyān faisait partie du royaume des Khwarazm Shahan. Sous les Moghols, nous retrouvons le nom de Bāmiyān, en particulier avec Avrangzeb qui y commit des déprédations en prenant la statue du grand Buddha de 55 mètres comme cible pour ses canons.

Au xixe siècle, plusieurs voyageurs européens ont visité la vallée de Bāmiyān, et ont publié le fruit de leurs observations dans des livres et articles, tels Moorcroft (1824), Trebeck, sir Alexander Burnes, le Dr Gérard, Honigberger, Charles Masson (1835) et les capitaines Maitland et Talbot. Mais il fallut attendre que la Délégation archéologique française en Afghanistan (D.A.F.A.) étudiât ses vestiges archéologiques, de 1922 à 1930, pour que le site devînt accessible aux touristes et soit connu du monde scientifique.

Dans les années 1960, jusqu'en 1978, la Direction générale de l'archéologie et de la conservation des monuments historiques d'Afghanistan a mis sur pied un vaste programme de restauration des deux grands Buddha et de leurs grottes avoisinantes, avec le concours des experts afghans et indiens de l'Archeological Survey of India, programme interrompu par l'invasion soviétique.

En mars 2001, à la suite du décret du mollah Mohammad Omar, les talibans entreprennent la destruction de toutes les statues, qualifiées d'« idoles » et jugées contraires à l'islam. Les deux grands Buddha de Bāmiyān sont alors anéantis à la suite d'un bombardement acharné.

Zémaryalai TARZI

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Écrit par :  Daniel BALLANDMir Mohammad Sediq FARHANGPierre GENTELLESayed Qassem RESHTIAOlivier ROYFrancine TISSOT Universalis

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