1. Une identité sociale relative
Aujourd'hui, Bambara est l'une des grandes catégories ethniques grâce auxquelles les habitants de la république du Mali s'identifient mutuellement. Les Bambara sont majoritaires dans la moitié occidentale du territoire, approximativement de Bamako à Djenné. On nomme aussi couramment bambara la forme véhiculaire moderne, utilisée par un nombre croissant de Maliens, de la langue mandingue, c'est-à-dire celle des Mandenka, des « gens du Mandé », du nom de la province centrale (au sud-ouest de Bamako) de l'ancien empire du Mali (xiiie-xvie s.).
Mais, en dehors de ce contexte politique national, la signification du terme continue d'être fluctuante et complexe, en particulier dans les zones rurales. Il semble que, depuis des siècles, les commerçants musulmans, Maraka et Juula (« Dioula »), aient désigné globalement sous ce nom les populations, à leurs yeux avant tout paysannes et païennes, qu'ils rencontraient sur leurs parcours entre les cités marchandes des bords du Niger et les régions productrices d'or et de kola en bordure de la zone forestière. Il est possible aussi que guerriers et dirigeants de l'ancien Mali aient appelé ainsi certaines des populations autochtones soumises à leur domination et plus ou moins assimilées. Jusqu'au xixe siècle, en tout cas, comme en témoigne le récit de René Caillié, se trouvent confondus sous ce nom, dans ses diverses variantes (banbara, banmana, bamana), des groupes mandingophones et d'autres relevant de l'ensemble sénoufo (sud du Mali et nord de la Côte-d'Ivoire). C'est seulement l'application, souvent arbitraire compte tenu du fréquent bilinguisme, des critères définis par la taxinomie coloniale (à la suite des travaux de Maurice Delafosse) qui a conduit à réserver l'étiquette bambara à des populations de langue mandingue. Aujourd'hui encore, en dépit de l'usage devenu dominant, ceux que leurs voisins appellent minianka, dans la région de Koutiala, continuent de se nommer eux-mêmes bamana.
En fait, se re […]
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