Britannicus (1669) était, selon certains, trop immoral et trop complexe, Bérénice (1670) trop élégiaque et trop simple. Bajazet (1672) sera violent, sans abandonner ni le romanesque ni le goût galant. Racine (1639-1699), adulé par le public mondain, finalement reconnu par les dramaturges, écrit maintenant une pièce par an sur le modèle qu'il a lui-même défini comme « un tragique qui naît du galant » (Alain Viala).
Toujours enclin à suivre la mode de la cour et la politique du monarque, Racine déplace cette fois l'action non plus dans le temps mais dans l'espace, vers le Royaume cruel de la Sublime Porte : Louis XIV vient d'en recevoir les ambassadeurs, Molière de faire une comédie sur l'engouement pour les Turcs dans le Bourgeois gentilhomme. Racine, lui, s'attribue le sérail ottoman.
Dans ce lieu implacablement clos, la lutte féroce pour le trône se double d'une rivalité amoureuse. Jamais les intrigues n'ont été si secrètes et si compliquées, jamais on n'a tant hésité sur le sens des décrets venus de l'extérieur. Bajazet, c'est le théâtre cruel de la cour des tyrans, le contre-idéal de Bérénice, le lieu que gouve […]
