2. L'homme politique
Dans une sorte de discours-programme, Baïbars, qui passe à la postérité comme un grand constructeur, énonce ses farouches décisions : « Ne manquez pas de veiller sur les places frontières avec zèle. Aucune de ces forteresses ne réclame plus de soins que les villes situées près du rivage de la mer, que les ennemis observent et convoitent perpétuellement. » Mais ces précautions militaires ne lui paraissaient pas suffisantes. Il fallait être informé rapidement et pouvoir envoyer des ordres avec célérité. Baïbars crée un service postal régulier : deux fois par semaine, il reçoit des renseignements de toutes les parties de l'empire. Les nouvelles plus urgentes étaient transmises par pigeons, elles étaient remises sans délai. Il arriva au sultan d'en prendre connaissance dans une nudité presque complète : une telle mise en scène tendait à accroître le zèle des fonctionnaires.
Sa conduite est dictée par une volonté de fer : il constitue en Égypte un gouvernement fort par la suppression des derniers restes des principautés ayyūbides et ainsi il annihile toutes les velléités d'indépendance ; enfin, pour que la politique musulmane conserve son prestige, il accueille un rejeton des califes ‘ abbāsides de Bagdad, dont le dernier avait été mis à mort par Hūlāgū en 1258. Ce fut un trait de génie, bien que le titre fût alors dépourvu de prestige. Mais le geste de Baïbars n'est pas purement spirituel, car le souverain en a prévu la conséquence immédiate et tangible, la suzeraineté sur le Ḥidjāz. Dans le même ordre d'idées, Baïbars fit preuve d'une très grande activité : il fait restaurer la mosquée de Médine, envoie une clef pour la porte de la Ka‘ba, et enfin fait réciter le prône à son nom à La Mecque. Il s'octroie en outre le monopole de l'envoi annuel du voile qui recouvre le Temple de la ville sainte. C'est grâce à ces gestes que le royaume des Mamlouks s'intitula dans les pièces officielles « l'empire islamique ».
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