L'avance mongole arrache à leur patrie un grand nombre de populations des steppes, qui viennent remplir les marchés musulmans d'esclaves. Comme ses prédécesseurs, le sultan ayyūbide al-Sālih Nadjm al-Dīn Ayyūb (1240-1249) achète un grand nombre d'esclaves originaires en particulier des steppes turques de Kiptchak et des environs. Il crée avec eux, vers la fin de son règne, un régiment d'élite de huit cents à mille cavaliers, qui tient garnison dans l'île de Rawḍa (Rōdah) sur le Nil, d'où leur nom de Baḥriyya (bahr : mer, fleuve).
Doué de toutes les vertus guerrières et de tous les défauts (turbulence, dissensions internes) des sociétés mamluk, ce régiment se distingue au cours de plusieurs batailles (al-Mansūra, 1249, Ayn Djālūt, 1260). En 1266, toutefois, il traverse une crise grave après l'accession d'un de ses membres, Aybak, au titre et à la fonction de sultan. Opposés à cette nomination, les Baḥriyya tentent en vain de le détrôner : leur chef Aqtay est tué et deux cents d'entre eux doivent fuir l'Égypte et chercher refuge auprès du souverain seldjoukide ou des différents princes ayyūbides de Syrie. Le régiment est décimé.
Revenus en Égypte après la mort d'Aybak, ils tentent vainement de retrouver leur ancienne splendeur ; le dernier d'entre eux meurt en 1307.
Le nom des Baḥriyya est mentionné jusqu'à la fin du xve siècle ; il s'applique alors à différentes forteresses syriennes dans lesquelles les premiers Baḥriyya ont été en garnison, notamment sous le règne du sultan Qalā'ūn.
La création de ce régiment a été à l'origine du sultanat mamluk. Mais il est erroné de donner le nom de « période bahrie » à la première partie du règne mamluk (1250-1382). Les historiens arabes la nomment Dawlat al-Turk pour la distinguer de la période circassienne, Dawlat al-Djarkas (1382-1517).
Philippe OUANNÈS
Retour en haut



