Le Bahreïn connaît une année 2010 agitée en raison des heurts entre, d'un côté, l'opposition chiite, désireuse d'obtenir davantage de pouvoir, et, de l'autre, le gouvernement sunnite et la dynastie al-Khalifa, elle aussi de confession sunnite. La majorité chiite demande en effet d'importants changements au sein du gouvernement et dans la Constitution : elle souhaite notamment que le Premier ministre puisse ne pas être issu de la famille régnante et que les prérogatives législatives de la chambre élue du Parlement soient renforcées par rapport à celles de la Chambre haute, nommée par le roi.
En septembre, le gouvernement révèle avoir déjoué les plans d'un groupe chiite qui préparait des attentats et un coup d'État ; le procès des conspirateurs commence en octobre. Les chiites rejettent ces accusations, prétendant que les inculpés sont de simples militants politiques. Les organisations internationales de défense des droits de l'homme laissent entendre que le gouvernement aurait arrêté de façon arbitraire, voire torturé, certains membres de l'opposition.
Les élections générales des 23 et 30 octobre pourvoient les 40 sièges de la Chambre basse du Parlement. Le mouvement d'opposition chiite al-Wifaq (l'Entente) obtient ainsi 18 députés dès le premier tour, soit un de plus qu'en 2006. Deux groupes religieux sunnites, al-Menbar – affilié aux Frères musulmans – et les salafistes d'al-Asalah, doivent se contenter de 5 sièges au total, perdant ainsi 9 députés par rapport au dernier scrutin. Les sunnites indépendants modérés – qui devraient apporter leur soutien au gouvernement – obtiennent 17 représentants, doublant presque leur effectif précédent. Le roi charge immédiatement Khalifa ben Salman al-Khalifa – son oncle et Premier ministre du Bahreïn depuis l'indépendance de 1971 – de former un nouveau cabinet, une décision qui ne laisse guère augurer de changements politiques.
Louay BAHRY
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