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BA JIN [ PA-KIN ] (1904-2005)

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5.  Une libération sous conditions

Après la capitulation japonaise, Ba Jin a regagné Shanghai. Il y publie l'une de ses œuvres les plus attachantes : Nuit glacée (Han ye). Située à Chongqing en pleine guerre, l'intrigue relate comment une jeune femme est amenée, en dépit de l'amour qu'elle lui porte, à abandonner son mari dont les espoirs et la santé ont été progressivement ruinés et qui ne peut se séparer de sa mère. Plaidoyer pour la liberté de la femme moderne, le livre est aussi empreint d'une vision tragique de la vie, où la mort d'un individu isolé peut prendre valeur de sacrifice.

Mais Ba Jin a toujours prétendu qu'il n'avait rien d'un philosophe, encore moins d'un métaphysicien. Il est donc difficile de le juger de ce point de vue. Cela d'autant plus qu'il s'est bien gardé, une fois survenu le régime communiste, de publier rien qui pût rappeler ses opinions passées. Le nombre et l'importance des honneurs qui lui furent décernés depuis lors pourraient laisser croire que l'homme s'est purement et simplement rallié. Vice-président de l'Union des écrivains, député du Sichuan puis de Shanghai, il a rapporté du front de Corée des « Histoires héroïques » (Yingxiong de gushi), qui n'ont rien ajouté à sa gloire littéraire. Plus important, à cet égard, est sans doute le rôle qu'il a joué comme rédacteur en chef de Shouhuo (« La Moisson ») et de Shanghai wenxue (« Littérature de Shanghai »).

Pendant la révolution culturelle, Ba Jin fut une des cibles préférées de la « bande des Quatre », notamment de Yao Wenyuan, qui l'avait déjà attaqué en 1957, et de Zhang Chunqiao, qui prétendait régenter le monde littéraire de Shanghai. Soumis à toutes sortes de tortures morales et d'humiliations physiques lors de meetings publics retransmis par la télévision, l'écrivain se voit reprocher notamment d'être l'instigateur de la vague d'anarchisme que les gardes rouges ont soulevée. Il est ensuite envoyé dans une école de rééducation pour cadres, d'où il ne revient que pour voir sa femme Xiao Shan mourir d'un cancer mal soigné. Octobre 1976 marque pour lui une « deuxième libération ». À partir de 1981, il se retrouve à la tête de l'Union des écrivains.

En 1975, son nom a été avancé en France pour le prix Nobel. Mais Ba Jin se refuse plus que jamais à passer pour un écrivain. Reconnaissant l'auteur des Confessions comme son « premier maître », il lui importe avant tout de « dire la vérité » et « d'ouvrir son cœur au lecteur ». Par personnages interposés, il est certain que c'est là ce que le romancier a toujours cherché et ce qui lui a valu la très large audience dont il a bénéficié.

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