4. La religion
On ne peut en effet comprendre le destin de ce peuple sans connaître les grandes lignes de sa religion. On l'a dit, les Aztèques se considéraient comme le peuple élu du Soleil, chargé d'en assurer la marche en le nourrissant. Un mythe de la création éclaire cette idée. Au commencement du monde, tout était sans vie, noir, mort. Les dieux se réunirent dans les ténèbres à Teotihuacán et se demandèrent : « Qui aura la charge d'éclairer le monde ? » Deux dieux se proposèrent. Au moment de se jeter dans le brasier, l'un des deux hésita, recula : il devint la Lune. L'autre, un petit dieu humble et pauvre (sans doute représente-t-il la tribu à ses humbles débuts), s'y jeta sans hésiter : il devint le Soleil. Mais les astres étaient morts, ils ne bougeaient pas dans le ciel. Tous les autres dieux présents décidèrent alors de se sacrifier pour les nourrir. Et la nourriture qui leur était nécessaire, c'était « l'eau précieuse », le sang. C'est ainsi que les hommes se trouvent obligés de recommencer éternellement le sacrifice divin, et s'estiment responsables de la marche du monde.
Le trait de la religion aztèque qui frappa le plus les conquérants, et qui explique la violence de la répression contre l'idolâtrie, est justement cet extraordinaire « fleuve de sang » dans lequel baignait le Mexique. Plus la tribu prenait de l'importance, plus grand lui semblait son rôle historique et plus les sacrifices humains se multipliaient. Sous le règne du sixième roi aztèque, Ahuitzotl, on procéda à la rénovation du grand temple de Mexico-Tenochtitlán. On a évalué à vingt mille le nombre des prisonniers de la « guerre fleurie », sacrifiés à cette occasion. Les canaux de la ville charriaient du sang. Toutes les formes de sacrifice étaient pratiquées – pendaison, crémation, sacrifice par les flèches, etc. – mais les plus fréquentes étaient l'arrachement du cœur sur la pierre de sacrifice et le sacrifice gladiatoire. Celui-ci consistait, pour un prisonnier armé seulement de bois et lié par un pied, à combattre contre des guerriers « aig […]
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