L'abondante critique sur le romancier Azorín ne laisse pas de provoquer un malaise, car elle implique une définition extrêmement contestable, qui se survit avec ténacité. Cet écrivain, issu de la bourgeoisie d'une province reculée de l'Espagne, qui s'est choisi de bonne heure un nom et un portrait, une identité d'emprunt à l'usage du public et à son propre usage, avait-il donc besoin de prendre ses distances vis-à-vis de lui-même ? Son œuvre n'exorcisait-elle pas suffisamment ses craintes ? Et si le pseudonyme s'étendait à l'œuvre ? Mieux, s'il coïncidait avec la réalité maladive d'une certaine Espagne ? Est-ce un hasard si Azorín, dans son existence même, qui fut longue et de plus en plus immobile, n'a pu, comme les romances des siècles anciens, « se taire à temps » et faire que sa mort le précède ? Le personnage auquel José Martínez Ruiz décida de s'assimiler, Antonio Azorín, anti-héros de La Volonté, est présenté dès 1902 et tel qu'en lui-même définitivement assis dans son fauteuil. C'est l'image qu'on retient des dernières visites à l'écrivain, depuis longtemps installé à Madrid, loin de son Monóvar natal. Si l'on analyse les tenants psychologiques d'une attitude au […]
