2. La modernité politique
La modernité politique installe, au détriment du divin, un idéal de raison sous lequel vient se placer l'autorité en s'ordonnant sur une forme plus juridique de transcendance, l'État. Théorisé par Machiavel (Le Prince, 1513), ce dernier procède d'un pacte originel et volontaire, passé entre les hommes, abandonnant à la volonté générale et à son représentant, une partie de leur pouvoir, pour régler eux-mêmes leurs rapports de subordination. De Hobbes (Léviathan, 1651) à Rousseau (Du contrat social, 1762) en passant par Montesquieu (L'Esprit des lois, 1748) et Locke (Traité du gouvernement civil, 1690), les théories du contrat déclinent, malgré la diversité des formes politiques de gouvernement proposées (absolutisme ou libéralisme), ce nouveau mythe des origines. Entendue comme ensemble des attributs nécessaires à l'exercice du pouvoir, l'autorité rencontre alors la question de sa compatibilité avec les droits fondamentaux de l'individu qui requièrent, pour pérenniser le pouvoir politique, son retrait de la sphère privée (Benjamin Constant, Principes de politique, 1815 ; De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, 1819).
Initialement établie par les conservateurs (Edmund Burke, Louis de Bonald), mais également par Hegel, l'opposition entre l'autorité sociale traditionnelle des communautés et le pouvoir politique du nouvel ordre social issu de la Révolution nourrit la réflexion des premiers sociologues. Ainsi, le rationalisme positiviste d'Auguste Comte se refermera sur l'appel à un retour à un système d'autorité emprunté au modèle familial et corporatif du Moyen Âge. De son côté, Alexis de Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1835-1840 ; L'Ancien Régime et la Révolution, 1856) avertit, malgré l'origine égalitaire et le gain de liberté individuelle que la démocratie accorde, du pouvoir tyrannique qu'elle véhicule, en l'absence de contrepoids et en dépouillant de leur autorité les différ […]
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