8. L'automatisme ambulatoire
En 1888, à l'hôpital de la Salpêtrière, l'automate gagne une nouvelle métamorphose. Présentant des vagabonds à ses « leçons du mardi », Charcot crée pour eux le terme d'automate ambulatoire. Cette maladie mentale se définit comme « une impulsion à partir et aller devant soi, dans un état variable d'obnubilation de la conscience et sans but défini. Il se présente surtout chez les névropathes : hystériques, neurasthéniques, épileptiques » (Dr Marie-Meunier, Les Vagabonds, 1908). De fait, cette étrange notion engage d'importantes questions concernant l'histoire des sciences de la vie, les méthodes des sciences de l'homme naissantes et l'application de toutes ces disciplines à la société industrielle.
Sur le plan biologique, l'automatisme ambulatoire manifeste la résurgence du thème de l'homme-machine qui, au-delà des polémiques des xviie et xviiie siècles, trouve une nouvelle expression dans la neurologie de l'époque (théorie de l'arc-réflexe, conceptions de Jackson...). L'automatisme ambulatoire sera développé par Meige, disciple de Charcot, qui l'applique au Juif errant, par Pitres, Régis à Bordeaux, Pagnier et de nombreux médecins de ce temps. En 1889, Pierre Janet écrit L'Automatisme psychologique et oppose l'habitude à la volonté qui doit diriger nos comportements. Dubourdieu, en 1894, définit la « dromomanie des dégénérés ». L'automatisme ambulatoire relie le vieux modèle mécaniste cartésien à cette nosologie psychiatrique qui converge sur le problème de l'hystérie – à partir duquel s'élabore la notion freudienne d'inconscient. L'automate ambulatoire est un vivant-machine qui part n'importe où, n'importe quand, et marche, agit de manière monotone et somnambulique jusqu'à l'épuisement final ; un vagabond considéré jusqu'à Freud comme un être régressif, sauvage, dégénéré (Freud échappe-t-il d'ailleurs totalement à cette image lorsqu'il introduit plus tard l'idée de « pulsion de mort » ?).
Ce malade mental que l'on soigne par l'hypnose et le b […]
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