7. L'automatisme et les mythes littéraires
Toutes ces accointances remontant si loin n'ont pas été sans susciter chez les écrivains et les philosophes enchantement ou frayeur, suivant les époques et les hommes.
Les témoignages les plus lointains de la littérature en apportent les échos : Héphaïstos moulant dans la glaise un corps de vierge ; Vulcain créant des trépieds ambulants ; Aphrodite animant la statue de Pygmalion ; Athéna apprenant aux Rhodiens à fabriquer des statues mobiles ; Dédale donnant le regard et tant de mouvement à ses œuvres qu'on doit les enchaîner ! Au moment du grand réveil du Moyen Âge, les romans de la Table ronde et le cycle du Graal se font les échos des splendeurs de Byzance et des califats, chantent l'amour et le courage, mais rapportent aussi les exploits de chevaliers de bronze.
En 1584, quand l'Espagne voue, plus que d'autres, un véritable culte aux « sublimes jouets » et quand Juliano Turriano met la dernière main à une horloge extraordinaire où tous les mécanismes sont exposés, sous une cloche de cristal, Cervantès donne une Galatéa, mythe éternel et ambigu que ni la littérature ni les arts ne vont plus quitter. Siècle par excellence de l'automatisme, de la galanterie et de l'ambivalence, le xviiie siècle cisèlera à son tour le mythe avec un art consommé de la subtilité. Ce thème de la machine et de l'éternel féminin si poétiquement traité dans les Églogues de Virgile devient alors sous la plume de Deslandes (1741) une défense et illustration du panthéisme, tandis que, chez de grands écrivains du xixe siècle, la peur de l'automate ou ses insuffisances en feront une charge contre la machine : Hoffmann avec Coppélia, Villiers de l'Isle-Adam avec son Ève future (son androïde femelle illustre un doute philosophique dans une œuvre de science-fiction). Au-delà des « monstres dérisoires » des vieux mécaniciens, Hadaly, automate du savant Edison « aux phonographes d'or », à la chair faite d'« albumine solidifiée », se voit donner l'apparence physi […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…



