3. Les « automations » de la Renaissance
La curiosité de la Renaissance tire parti du nouvel essor des techniques (vulgarisation du système bielle-manivelle, miniaturisation des mécanismes d'horlogerie). Si Léonard de Vinci (1452-1519), dans ses dessins anatomiques, décompose les mouvements des membres dans un jeu de fils associés à des leviers osseux, Rabelais (1494-1563), à qui l'on doit sans doute le mot automate, assimile le corps à un groupement de leviers, de poulies, de cordons et de filtres. Le grand anatomiste Vésale décrit la « fabrique » du corps humain comme « un agencement mécanique effectuant les travaux pour lesquels il a été construit et dont les parties ne méritent pas d'intérêt si on les sépare de l'ensemble ». C'est l'époque où la passion pour les automates redouble : Vinci construit un lion animé qui se présente au-devant de Louis XII lors de son entrée à Milan (1499), s'arrête devant le roi et découvre les fleurs de lys qu'il portait à la place du cœur.
La mode des jeux d'eau et des automates dans les jardins princiers se généralise. Montaigne visite, à Tivoli, les jardins du cardinal de Ferrare où « la musique des orgues... se fait par le moyen de l'eau... (qui), poussant une roue (avec) certaines dents... fait battre le clavier des orgues ». À remarquer cette mention d'un orgue actionné par un tambour hydraulique à picots, premier essai reconnu de programmation complexe. Plus loin, réminiscence d'Héron d'Alexandrie, des oiseaux chanteurs ; et « par autres ressorts on fait remuer un hibou qui fait soudain cesser cette harmonie ». La vogue des automates à jeux d'eau va passer en France avec Burgi, horloger de Cassel, Ramelli et surtout Thomas Francini (1572-1651), pendant que l'horlogerie fait, dans le même temps, d'immenses progrès avec Pierre de La Ramée et Jérôme Cardan. C'est ainsi que l'on pouvait voir, dans les grottes de Saint-Germain, « une femme assise devant un orgue qu'elle touchait avec ses doigts... joignant sa voix au son de son instrument (et […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…



