1. Les étapes d'une découverte
L'aspect grandiose et mystérieux des aurores polaires n'a pas manqué, au long des siècles, de frapper l'imagination des témoins ; il n'est donc pas surprenant d'en trouver mention dans des textes qui remontent à la plus haute antiquité. Si l'on doit considérer avec prudence l'exégèse de certains passages de l'Ancien Testament, nul ne met en doute la précision et le réalisme des descriptions de plusieurs auteurs grecs et latins comme Anaximène de Milet (vie s. av. J.-C.), Anaxagore – rapporté par Plutarque –, Hippocrate, Aristote, Pline le Jeune ou Sénèque. Si les récits des navigateurs qui, dès cette époque, s'aventurèrent le long des côtes de l'Europe septentrionale et dans l'Atlantique nord, peuvent avoir inspiré certaines relations, d'autres sont, à n'en pas douter, des témoignages directs, puisque, au cours d'événements exceptionnels, les aurores peuvent être observées jusqu'aux latitudes moyennes. Épousant les idées en vigueur à l'époque sur l'organisation de l'Univers, Aristote, dans ses Météorologiques, identifie les formes aurorales aux flammes de l'éther et dépeint « des déchirures du ciel nocturne derrière lesquelles on voit des flammes » ; Hippocrate donne une interprétation fondée sur la réflexion de la lumière solaire sur la glace, idée qui, d'une façon surprenante, sera reprise plusieurs fois jusqu'au xviiie siècle ! Aux latitudes méditerranéennes, l'aurore, rare, spectaculaire, avec une coloration rouge prononcée, effraie les populations qui la prennent pour un signe des dieux : « c'est un gouffre par lequel le ciel entrouvert semble vomir des flammes », écrit Sénèque. En Chine, une longue tradition d'observations astronomiques, qui remonte au IIIe millénaire avant notre ère, fournit également plusieurs témoignages précis. Tout au long du Moyen Âge, et malgré l'occurrence beaucoup plus faible des aurores durant cette période, en Angleterre, en Allemagne, en Scandinavie et en Russie, érudits et moines apporteront une contribu […]
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