Aurélien est sans doute une des œuvres où Aragon a mis le plus de lui-même. Rédigée durant les années d'Occupation et de Résistance, à un moment où Elsa Triolet songeait à le quitter, c'est aussi l'une des plus amères et des plus désenchantées. Le roman prend place dans le cycle du Monde réel, inauguré en 1933 par Les Cloches de Bâle qui marquait la rupture d'Aragon avec le surréalisme. Il reprend la trame narrative arrêtée dans Les Voyageurs de l'impériale (1942) à la veille de la Grande Guerre et, surtout, grâce à la technique balzacienne du retour des personnages, transforme en cycle des histoires jusqu'alors cloisonnées. Grand roman d'amour, Aurélien, publié à Paris en 1944, se distingue certes des récits qui l'ont précédé par sa dimension psychologique ; mais, tout comme eux, il constitue une chronique et obéit au même dessein de réalisme : « Le roman est une machine inventée par l'homme pour l'appréhension du réel dans sa complexité. »
Aurélien Leurtillois est un ancien combattant de la classe 11 qui a achevé sa guerre dans l'armée d'Orient. Jamais vraimen […]
