2. Génétique
Toute sa vie, Schlegel se passionnera pour l'archéologie du savoir. Dans ses Considérations sur la civilisation en général et sur l'origine et la décadence des religions (1805), il s'interroge sur l'accès de l'humanité à la culture. Il y a dans ses travaux le projet d'une « histoire naturelle » décrivant les stades de l'évolution créatrice où le poétique s'incarne successivement à un degré chaque fois plus élevé. Le travail des langues par le climat et les institutions ne cesse de le préoccuper, cette géolinguistique culminera en 1814 – date à laquelle il se consacre aux études romanes et à l'indologie ; de 1820 à 1830 il édite la Bibliothèque indienne. Et surtout, quand bien même la théorie de l'art insiste sur « ce qui doit être réalisé » selon les principes absolus du Beau, Schlegel critique sévèrement l'anecdotisme confus en histoire de l'art ; lui repère des phases autonomes et différenciées où la progression de l'humanité s'avère. C'est le classicisme grec où prédominent l'harmonie naturelle et l'équilibre des forces. À l'opposé, « c'est par roman, romance, qu'on appelait les nouveaux dialectes nés d'un mélange du latin avec les langues des conquérants », le romantisme naît précisément au Moyen Âge d'une conjonction de la germanité héroïque et du christianisme romain, mixité qui fonde en lui une tension à l'infini. Pour Schlegel cependant, cette dichotomie n'empêche pas qu'on trouve à la fin du cycle grec des éléments de romantisme et que l'imitation moderne du classicisme, certes vigoureusement combattue par lui dans la Comparaison entre la « Phèdre » de Racine et celle d'Euripide (1807), soit, par exemple chez Goethe, susceptible d'accomplissement.
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