Républicain par ses idées, aristocrate dans sa recherche de la beauté formelle, August von Platen est avant tout poète lyrique. Admirateur de l'Antiquité et de la Renaissance, il considère la poésie comme une véritable mission. Mi-Tristan, mi-don Quichotte, il refuse le trivial et le laisser-aller. Sa philosophie se fonde sur une esthétique :
Celui qui a vu la beauté de ses yeux
Est déjà livré à la mort
N'est plus bon au service terrestre
Celui qui a vu la beauté de ses yeux !
Mais il frémira aux approches de la mort.
On comprend son isolement au milieu des junkers appauvris, mais aussi le désaccord qui l'oppose à Heine. Ce dernier lui reproche son orientalisme et en particulier les ghasels que Platen cisèle : Ghasels (1821), Le Miroir de Hafis (Der Spiegel des Hafis, 1823), Nouveaux Ghasels (1823). Heine l'attaque avec violence : « Des fruits volés dans le jardin de Chirah, ils en ont trop mangé et vomissent des ghasels. » Platen répondra dans L'Œdipe romantique (Der romantische Œdipus, 1828). Austère, timide et orgueilleux, Platen laisse des ballades de bell […]
