3. Entrée en scène de la femme
Mais Strindberg est pour le moment tout à ses amours. Il a rencontré, en 1875, Siri von Essen, femme du baron Wrangel. Il l'épousera en 1877, après l'avoir poussée au divorce. Le couple connaîtra quelques années heureuses que ponctue la publication d'un drame, Le Mystère de la Guilde (1879), et du roman La Chambre rouge (Röda rummet, 1879) – il vaudrait mieux dire Le Cabinet rouge –, livre fort et neuf dans les thèmes comme dans le style, où la satire de la société est tempérée par un solide humour.
Mais, dès 1880, les brouilles assombrissent la vie des époux Strindberg : on a tout dit sur l'attitude complexe de l'écrivain suédois vis-à-vis de la femme, à la fois madone, vampire, esprit du mal, ange égaré sur terre, spiritualité éthérée et sensualité dévorante. On notera simplement ici qu'il la charge de tous ses rêves comme de tous ses péchés, qu'il la voudrait autre qu'il est lui-même, mais qu'à se chercher incessamment en elle il ne peut que la perdre ou, plus exactement, l'escamoter, l'accaparer, la nier, d'où ses imprécations contre elle, c'est-à-dire contre lui. Il aime excessivement : le respect ou, pour mieux dire, la conscience de l'Autre s'y perd. La vie n'admet pas de ces re-créations à force. Mais l'art, si. On peut raisonner différemment : il a écrit qu'il ne pouvait composer que « chargé » (laddad, comme on dit pour une batterie ou pour un fusil), et la formule vaut aussi bien pour sa vie même. Quand l'influx nerveux se déchaîne, tous les excès, dans tous les sens, sont probables. Mais on ne voit pas qui résisterait à de telles décharges, implosives ou explosives ! Dès 1882, dans La Femme de sire Bengt (Herr Bengts Hustru), se fait jour le célèbre antiféminisme, qui se confond d'ailleurs avec l'anti-ibsénisme de l'heure : il faut à une décharge électrique la présence d'un pôle contraire, vrai ou forcé.
Pourtant, voici briller une autre facette : il y a toujours eu, chez Strindberg, un passionné de sociologie. On n'a pas assez vu qu'il avait, en Suède […]
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