Des raisons philologiques et littéraires incitent à dater des environs de 1200 et à localiser dans le nord de la région picarde la composition de cette œuvre anonyme, charmante, tendre et ironique, colorée, l'une des plus parfaites de ce temps.
Par sa forme, elle est unique : l'auteur, dans sa conclusion, la qualifie de « chantefable », mot très probablement forgé par lui et qui ne désigne aucun genre littéraire connu. Aucassin et Nicolette est constitué par une alternance régulière de 21 parties en vers, destinées au chant (le manuscrit en fournit la mélodie) et de 20 parties en prose. La longueur moyenne des parties versifiées est de 15 à 20 vers, groupés en laisses assonancées d'heptasyllabes à vers final « orphelin », qui semblent tenir, d'une manière difficile à préciser, de la technique des chansons de geste. Les parties en prose sont à peine moins brèves ; l'ensemble est d'un rythme rapide. Monologues, dialogues, passages narratifs ou descriptifs se répartissent indifféremment entre vers et prose.
Le Moyen Âge roman ne nous ayant légué aucun autre ouvrage de cette forme, il est pratiquement impossible d'expliquer la genèse de celui-ci. Certains auteur […]
