Remarquable illustrateur, Beardsley est, après Oscar Wilde, le personnage le plus célèbre du mouvement esthétisant et décadent qui marque en Angleterre la dernière décennie du xixe siècle.
Beardsley s'intéresse au dessin dès l'enfance. Arrivé à Londres en 1888, il continue à dessiner tout en travaillant dans une compagnie d'assurances. Une visite à Edward Burne-Jones, en 1891, le détermine à assister aux cours du soir de la Westminster School of Art pendant quelques mois — c'est le seul enseignement artistique qu'il ait jamais reçu. En 1892, il illustre dans un style encore proche de celui de Burne-Jones et de William Morris une nouvelle édition de Le Morte Darthur de sir Thomas Malory ; en 1894, il est engagé comme directeur artistique et illustrateur d'une nouvelle revue trimestrielle, le Yellow Book. Ces œuvres, et les planches qu'il réalise pour la Salomé de Wilde, en 1893, lui valent la notoriété ; les critiques, qui avaient salué en ce tout jeune artiste le successeur de Morris, vont bientôt dénoncer en lui l'artiste décadent. Très influencée par l'Art nouveau et par l'art japonais, l'œuvre de Beardsley se caractérise par les effets des noirs et des blancs très contrastés, l'utilisation économe, mais subtile, du trait, l'élongation des personnages sinueux comme des lianes. Le type féminin qu'il crée, la Beardsley Woman équivoque, énigmatique, d'une sensualité morbide, effraie les critiques autant que la bourgeoisie victorienne.
À l'époque des scandales suscités autour de Wilde dont le procès s'engage alors, des pressions conduisent Beardsley à démissionner du Yellow Book en 1895, au moment où il préparait le cinquième numéro de la revue. Il travaille pour un autre nouveau magazine, The Savoy, publié par un éditeur de livres érotiques. Pendant les deux dernières années de sa vie, il illustre dans un style moins original, plus rococo, de nombreux livres : en 1896, par exemple, The Rape of the Lock, et Lysistrata d'Aristophane. Au cours de cette période, il écrit aussi quelques poèmes et un roman inachevé d'une remarquable indécence, qui s'inspire de la légende de Tannhäuser, Sous la colline (Under the Hill, 1903) ; la version originale non expurgée, L'Histoire de Vénus et de Tannhäuser (The Story of Venus and Tannhauser), parut en 1907.
Rongé par la tuberculose, Beardsley se tourne vers le catholicisme et souhaite la destruction de ses œuvres. Quand il meurt en France, il n'a pas vingt-six ans, mais sa brève carrière aura profondément transformé l'art de l'illustration.
Élisabeth ZADORA
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