4. Ce que nie l'incroyant
Croire, c'est tenir pour vraie une proposition. Du point de vue psychologique, l'action de tenir pour vrai peut se manifester diversement, par des conduites ou des déclarations. Logiquement, il y a deux façons (au moins) de nier une croyance : « ne pas croire » ou « croire que ne ... pas ». En outre, la phrase « Je crois en Dieu » est l'expression d'une confiance globale qui, pour ne pas rester une simple effusion, doit inclure un « Je crois que Dieu existe ». Mais la phrase « Dieu existe » n'a que les apparences d'une proposition existentielle, car on ne peut pas désigner un quelque chose qui aurait pour prédicat « être-Dieu ». Le « Je crois » n'est pas éliminable par une démonstration ostensive, mais il doit être rendu raisonnablement acceptable par des arguments (tels que l'ordre du monde ou les événements de l'histoire sainte, etc.). Alors, que nie l'incroyant ? Il nie la crédibilité de ces arguments. Sa négation porte essentiellement sur les motifs de crédibilité. L'incroyant ne nie pas que les traditions religieuses puissent être porteuses de valeurs authentiques dont les êtres divins sont le symbole et qui méritent de passer dans l'héritage commun, mais il nie que l'on puisse prendre au sens littéral les jugements de réalité qui définissent la croyance comme telle. On peut suspendre son jugement, mais, par définition, celui qui suspend son jugement ne croit pas.
On appelle « agnostique » celui qui pense que Dieu est inconnaissable. Mais on peut être un agnostique croyant comme Kant, Kierkegaard, Karl Barth et un grand nombre de théologiens contemporains. Ou bien l'on peut être un agnostique incroyant. L'ignorance ne dispense pas de l'alternative, bien que l'aveu d'ignorance « Je n'en sais rien » soit la façon la plus modeste de ne pas croire. L'incroyant ne prétend pas connaître les secrets de l'Univers. Le problème qui se pose à lui est un problème de crédibilité. Ce problème se pose à propos de telle proposition ou de telle autre. L'examen des raisons qui supportent telle ou telle assertion exige de tous la même honnêteté intellectuelle. Quels que soient les avantages, intérieurs ou extérieurs, d'une profession de foi, on n'a pas le droit, moralement, de s'y engager si l'on n'est pas à même d'en rendre raison publiquement.
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